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20 août 2026 4 20 /08 /août /2026 08:28

Edition Classiques et Cie,

Hatier poche n°43

(Les références paginaires sont données dans cette édition)

Le texte présenté ici, surligné pour mettre en évidence certains thèmes et certains passages, est un résumé.

Certaines coupes ont été réalisées. Pour retrouver le texte intégral, consulter l’original dans l’édition conseillée.

*

La liste des œuvres et des parcours inscrits au programme de première pour l'année scolaire 2026‑2027 et pour les épreuves anticipées de la session 2028 du baccalauréat est la suivante :

 

Classe de première de la voie technologique

Objet d'étude pour lequel les œuvres sont renouvelées

Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette (édition bilingue) / parcours : héroïsme et amour.

Zola, Thérèse Raquin / parcours : anatomie des passions.

Simone Schwarz-Bart, Pluie et vent sur Télumée Miracle / parcours : tisser les mémoires, habiter le monde.

***

Élevée par sa tante, mercière à Vernon, Thérèse Raquin, orpheline, épouse à 21 ans, Camille, le fils de Madame Raquin, jeune homme chétif de santé fragile. Ils s’installent à Paris, où Madame Raquin a trouvé une petite mercerie, passage du Pont-Neuf. Camille est employé des chemins de fer d’Orléans. Chaque jeudi soir, la famille accueille des invités pour jouer aux dominos, notamment Laurent, ancien camarade d’enfance de Camille à Vernon. Thérèse et Camille deviennent amants et, à l’occasion d’une sortie à Saint-Ouen, les deux amants tuent Camille en le noyant dans la Seine. Camille a mordu Laurent au cou avant de tomber. Tout le monde déplore « l’accident », et, au bout de plusieurs mois, on se résout à marier Thérèse et Laurent. Mais la passion amoureuse a fait place à la peur et à l’angoisse. Lors de leur nuit de noces, ils ont des hallucinations, s’imaginant voir le cadavre de Camille dans leur lit. Dès lors, commence une longue descente aux enfers qui pousse les amants l’un contre l’autre jusqu’à une autre union, fatale. Eros et Thanatos.

***

  I. La mercerie Thérèse Raquin, passage du Pont-Neuf.

Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu’on vient des quais, on trouve le passage du Pont-Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine.  À gauche, se creusent des boutiques obscures, des bouquinistes, des marchands de jouets d’enfant, des cartonniers, dont les étalages gris de poussière dorment vaguement dans l’ombre. (15) À droite, sur toute la longueur du passage, s’étend une muraille contre laquelle les boutiquiers d’en face ont plaqué d’étroites armoires ; des objets sans nom, des marchandises oubliées là depuis 20 ans s’y étalent le long de minces planches peintes d’une horrible couleur brune. Une marchande de bijoux faux s’est établie dans une des armoires ; elle y vend des bagues de 15 sous. Au-dessus du vitrage, la muraille monte, noire, grossièrement crépie, comme couverte d’une lèpre et toute couturée de cicatrices. Le passage du Pont-Neuf n’est pas un lieu de promenade. On le prend pour éviter un détour, pour gagner quelques minutes. Il est traversé par un public de gens affairés dont l’unique souci est d’aller vite et droit devant eux. On y voit des apprentis en tablier de travail, des ouvrières reportant leur ouvrage, des hommes et des femmes tenant des paquets sous leur bras ; on y voit encore des vieillards se traînant dans le crépuscule morne qui tombe des vitres, et des bandes de petits enfants qui viennent là, au sortir de l’école, pour faire du tapage en courant, en tapant à coups de sabots sur les dalles. Toute la journée, c’est un bruit sec et pressé de pas sonnant sur la pierre avec une irrégularité irritante ; personne ne parle, personne ne stationne ; chacun court à ses occupations, la tête basse, marchant rapidement, sans donner aux boutiques un seul coup d’œil. Les boutiquiers regardent d’un air inquiet les passants qui, par miracle, s’arrêtent devant leurs étalages. Le soir, trois becs de gaz éclairent faiblement et irrégulièrement le passage. (16) Souvent, le passage prend l’aspect sinistre d’un véritable coupe-gorge. Les marchands se contentent, pour tout éclairage, des maigres rayons que les becs de gaz envoient à leurs vitrines ; ils allument seulement, dans leur boutique, une lampe munie d’un abat-jour, qu’ils posent sur un coin de leur comptoir, et les passants peuvent alors distinguer ce qu’il y a au fond de ces trous où la nuit habite pendant le jour. Sur la ligne noirâtre des devantures, les vitres d’un cartonnier flamboient : deux lampes à schiste trouent l’ombre de deux flammes jaunes. Et, de l’autre côté, une bougie, plantée au milieu d’un verre à quinquet, met des étoiles de lumière dans la boîte de bijoux faux. La marchande sommeille au fond de son armoire, les mains cachées sous son châle.

Il y a quelques années, en face de cette marchande, se trouvait une boutique dont les boiseries d’un vert bouteille suaient l’humidité par toutes leurs fentes. L’enseigne, faite d’une planche étroite et longue, portait, en lettres noires, le mot : Mercerie, et sur une des vitres de la porte était écrit un nom de femme : Thérèse Raquin, en caractères rouges. À droite et à gauche s’enfonçaient des vitrines profondes, tapissées de papier bleu. Pendant le jour, le regard ne pouvait distinguer que l’étalage, dans un clair-obscur adouci. D’un côté, il y avait un peu de lingerie (17). La vitrine, de haut en bas, se trouvait ainsi emplie de loques blanchâtres qui prenaient un aspect lugubre dans l’obscurité transparente. De l’autre côté, dans une vitrine plus étroite, s’étageaient divers articles de mercerie, un entassement d’objets ternes et fanés qui dormaient sans doute en cet endroit depuis 5 ou 6 ans. Toutes les teintes avaient tourné au gris sale, dans cette armoire que la poussière et l’humidité pourrissaient. Vers midi, en été, on distinguait, derrière les bonnets de l’autre vitrine, un profil pâle et grave de jeune femme. Ce profil sortait vaguement des ténèbres qui régnaient dans la boutique. Au front bas et sec s’attachait un nez long, étroit, effilé ; les lèvres étaient deux minces traits d’un rose pâle, et le menton, court et nerveux, tenait au cou par une ligne souple et grasse. On ne voyait pas le corps, qui se perdait dans l’ombre ; le profil seul apparaissait, d’une blancheur mate, troué d’un œil noir largement ouvert, et comme écrasé sous une épaisse chevelure (18) sombre. Il était là, pendant des heures, immobile et paisible, entre deux bonnets sur lesquels les tringles humides avaient laissé des bandes de rouille. Le soir, lorsque la lampe était allumée, on voyait l’intérieur de la boutique. Elle était plus longue que profonde ; à l’un des bouts, se trouvait un petit comptoir ; à l’autre bout, un escalier en forme de vis menait aux chambres du premier étage. La pièce paraissait nue, glaciale. D’ordinaire, il y avait deux femmes assises derrière le comptoir : la jeune femme au profil grave et une vieille dame qui souriait en sommeillant. Cette dernière avait environ 60 ans ; son visage gras et placide blanchissait sous les clartés de la lampe. Un gros chat tigré, accroupi sur un angle du comptoir, la regardait dormir. Plus bas, assis sur une chaise, un homme d’une trentaine d’années lisait ou causait à demi-voix avec la jeune femme. Il était petit, chétif, d’allure languissante ; les cheveux d’un blond fade, la barbe rare, le visage couvert de taches de rousseur, il ressemblait à un enfant malade et gâté. Un peu avant 10 h, la vieille dame se réveillait. On fermait la boutique, et toute la famille montait se coucher. Le chat tigré suivait ses maîtres en ronronnant, en se frottant la tête contre chaque barreau de la rampe. En haut, le logement se composait de trois pièces. L’escalier donnait dans une salle à manger qui servait en même temps de salon. À gauche était un poêle de faïence dans une niche ; en face se dressait un buffet ; puis des chaises se rangeaient (19) le long des murs, une table ronde, toute ouverte, occupait le milieu de la pièce. Au fond, derrière une cloison vitrée, se trouvait une cuisine noire. De chaque côté de la salle à manger, il y avait une chambre à coucher. La vieille dame, après avoir embrassé son fils et sa belle-fille, se retirait chez elle. Le chat s’endormait sur une chaise de la cuisine. Les époux entraient dans leur chambre. Cette chambre avait une seconde porte donnant sur un escalier qui débouchait dans le passage par une allée obscure et étroite. Le mari, qui tremblait toujours de fièvre, se mettait au lit ; pendant ce temps, la jeune femme ouvrait la croisée pour fermer les persiennes. Elle restait là quelques minutes, devant la grande muraille noire, crépie grossièrement, qui monte et s’étend au-dessus de la galerie. Elle promenait sur cette muraille un regard vague, et, muette, elle venait se coucher à son tour, dans une indifférence dédaigneuse.

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