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« Je crois qu’on les a semés ». L’homme l’attira vers elle et l’embrassa. Il était garé quai Saint-Vincent. Elle le guida par les ruelles pour éviter la police, jusqu’à sa voiture. Alors Lucy ouvrit la porte passager et s’assit à côté de lui. Il lui demanda son âge et il démarra. * Hector avait vécu plusieurs vies avant elle, il avait pris de l’avance, des amours ratées (103) Alors avec cette gamine, est-ce ça allait recommencer ? Lui, il ne changerait pas. Il ne voulait pas se laisser leurrer par ses sentiments. Mais elle s’installa chez lui, dans la maison sur la colline. Elle aimait tout de ce type. Il n’avait qu’un défaut, il écoutait de la musique de grand-mère. L’autre obsession d’Hector, c’était la prison, tôt ou tard faut payer l’addition. Et il savait qu’il ne survivrait pas à un nouvel enfermement. Un matin où il n’avait pas dormi, il lui dit : « Quand je serai incarcéré, je refuse que tu viennes au parloir, même si ça doit durer des années. Je supporterais pas. Je veux pas te voir. Même pas une lettre, rien. » Avant chaque coup, il promettait que c’était le dernier mais quand il n’y avait plus d’argent, il devait y retourner. Il se sentait redevable envers Lucy qui l’avait sauvé dans les traboules. Cette fille avait le don de calmer ses angoisses. (104) Hector détestait avoir des dettes mais il ne savait pas comment les rembourser. Quand elle lui avait dit son âge, il avait éprouvé une sensation désagréable. Il avait 15 ans de plus qu’elle. Mais il ne voulait pas qu’elle s’en aille. Il voulait que ça dure. Alors il n’avait jamais dit son âge. Après la bijouterie de l’avenue Mozart, quand il avait gagné assez d’argent pour acheter Le Napoli, il s’était dit qu’il pouvait enfin payer sa dette et la mettre à l’abri pour le jour où on l’attraperait. Ils avaient fait des papiers, elle avait découvert son âge. Et elle n’avait rien dit. Elle s’en foutait. * Ce fut un mois de mai pourri. Marthe et Dany attendaient les clients. Un soir où ils fermèrent plus tôt parce qu’il n’y avait aucun client, le cuistot et le pizzaïolo proposèrent à Dany de les accompagner à Dany de les accompagner à la fête foraine mais il refusa. Une semaine plus tard, le cuistot le prévint qu’un appartement allait se libérer à la fin du mois dans son immeuble. Dany en parla à Hector. (105) Mais Hector jugea que ce n’était pas le moment. Il voulait continuer sa formation de chanteur. Et Dany devait impérativement apprendre le solfège. Dany tardait à répondre. La porte claqua. Lucy apparut. Le bilan comptable du restaurant était très inquiétant. La maison faisait trop crédit (106) et les clients ne payaient pas leurs ardoises. Et eux-mêmes prenaient trop d’argent en caisse. Hector voulait relativiser la situation. On ne pouvait pas changer les habitudes avec les amis. « Fait savoir, Hector, si c’est toi ou moi qui gère le restaurant ». Lucy voulait une régularisation de la situation. * Un peu auparavant, en avril, s’était produit une situation catastrophique. L’équipe de France de football de Michel Platini avait été éliminée de la prochaine coupe du monde en Italie. (107) Le seul à se réjouir de ce naufrage fut Hector. Au moins, on aura la paix ! Mais il dut en rabattre. Le cuistot avait installé une petite télé pour suivre les matchs. Hector trouvait que la maison allait à vau-l’eau. Hector, il est vrai, détestait la télévision, « instrument d’abrutissement et d’asservissement du peuple », selon lui. Quelle ne fut donc pas la surprise de Lucy et de Dany de voir Hector débarquer le 7 juillet avec une grosse télévision qu’il déposa sur la table du salon. Lucy et Dany eurent l’impression qu’il avait (108) installé des télés toute sa vie. Il alluma l’appareil et leur expliqua son fonctionnement. « Ce soir, il y a un événement exceptionnel. Comme il n’y en a jamais eu sur terre ». Ce soir-là, veille de la finale de la Coupe du monde… il y avait le plus grand concert de tous les temps dirigé par Zubin Mehta, dans les Thermes de Caracalla à Rome, avec Placido Domingo, Luciano Pavarotti et José Carreras. (109) Hector et Dany écoutèrent religieusement le concert. Même Lucy ne put s’empêcher d’être emballée par le cadre et le spectacle. A la fin, Hector éteignit la télé. * Le lendemain, c’était le jour de la finale. Dany choisit de travailler l’air de la Tosca interprété la veille par Domingo. Mais Hector le lui déconseilla. Il valait mieux rester dans Carmen. (110) Hector s’apprêtait à sortir le disque quand la sonnerie du téléphone retentit. Hector devait partir. *
Absence d’Hector et naissance de Léna. La 5e disparition d’Hector fut la plus bizarre. Lucy encaissa en faisant bonne figure, accusant Dany de ne pas l’avoir prévenue. Hector avait mal choisi son moment pour s’en aller, un dimanche de finale de Coupe du monde. Les touristes avaient réapparu. Lucy avait trouvé dans un tiroir des quatre bagues d’Hector, qu’il n’enlevait jamais. La semaine passa sans Hector, sans un appel. (111) Lucy menaça de nouveau de partir et s’en prit à Dany. * Le mardi suivant à 6h, Lucy et Dany furent réveillés en sursaut par le GIGN qui recherchait Hector. Ils durent assister, impuissants, à la perquisition musclée de la maison. Ils ne trouvèrent rien d’utile. Lucy et Dany furent mis en garde à vue et transférés à la gendarmerie de Sète. Ils n’avaient rien à révéler. Ils furent relâchés le lendemain sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. Le commandant leur expliqua qu’Hector avait participé au cambriolage d’une grande bijouterie sur la Croisette, qui avait mal tourné. Les voyous avaient ouvert le feu, blessant grièvement un agent de sécurité et un passant, un des deux gangsters avait été abattu dans la fusillade, Hector avait tué un jeune gendarme qui tentait de l’arrêter (112) et avait réussi à prendre la fuite. Des barrages l’attendaient partout et son arrestation n’était qu’une question de jours. Il fallait le convaincre de se rendre. Lucy ne voulait pas le croire. Un cambriolage, peut-être, mais ouvrir le feu sur un homme, ce n’était pas lui. Il n’utilisait jamais d’armes. Lucy se montrait véhémente. Le commandant montra les images de l’attaque de la bijouterie, puis de la fuite d’Hector, se faisant rattraper devant le marché Forville par un jeune gendarme qui le mettait en joue. Et Hector lui tirait dessus. Et s’enfuyait dans la foule. Le monde s’était arrêté. Hector ne reviendrait pas. Lucy refusa qu’on la ramène en voiture. Ils mirent 1h pour remonter à la maison. La maison avait été dévastée par la perquisition. Dany entreprit de remettre (113) un peu d’ordre. Dans l’après-midi, ils eurent la visite de Marthe et de Jacky qui donnèrent un coup de main pour tout ranger. Marthe essaya de consoler Lucy ; Jacky lui prit les mains. Il lui conseilla de ne plus lui parler au téléphone, ils devaient être sur écoute. Marthe accompagna Lucy dans sa chambre et la mit au lit. Après leur départ, Dany finit de mettre de l’ordre et s’assit dans le fauteuil. Soudain, il aperçut Hector qui lui faisait un signe de la main. Dany comprit que Hector avait tout prévu : la présence de Dany pour veiller sur Lucy, (114) la télé pour meubler le vide de son existence. Le rayon de soleil bougea et Hector disparut. * Les 3 premiers jours, celles qui connaissaient Lucy pensaient qu’elle allait s’effondrer. Mais le 4e jour, Dany l’entendit qui prenait une douche et la vit apparaître fringante et requinquée. Elle semblait sûre du retour d’Hector. (115) Puis, Lucy déclara qu’elle devait aller chez le médecin. Elle réapparut pour le service du soir au Napoli et servit les clients, enjouée comme avant. La vie reprit comme si rien ne s’était passé. Elle poursuivit ses cours d’anglais, s’occupa des provisions pour le restaurant. Mais elle ne téléphonait jamais depuis le restaurant. Ce fut un mois d’août rêvé avec beaucoup de touristes. Le Napoli ouvrit même le lundi et embaucha un Irakien, Omar, à la plonge. Tout le monde était épuisé. (116) En septembre, après les joutes de Saint-Louis, la fréquentation ralentit. Lucy évoqua un cousin d’Hector dont elle avait retrouvé la trace dans son répertoire, il y eut des discussions véhémentes avec Marthe et Jacky pour déterminer si elle devait le contacter. Ils étaient d’avis qu’il ne valait mieux pas bouger. Dany n’y voyait pas d’objection. Mais son interlocuteur lui raccrocha au nez. Le dimanche suivant, sur le coup de 11h, ils virent entrer dans le restaurant un homme d’une quarantaine d’années. Le cousin venait de Martigues, où il travaillait comme jardinier à la mairie, il avait appris ce qui était arrivé à Hector et venait aux nouvelles. Il ne l’avait pas revu depuis une quinzaine d’années. Ils avaient été proches dans leur jeunesse mais s’étaient disputés pour une question politique et financière. Mais le cousin voulait aider Hector ; il évoqua une tante à Bayonne, une cousine à Périgueux. Les semaines passaient, on n’osait plus évoquer Hector, Lucy s’accrochait à un rêve insensé, (117) celui du retour d’Hector. * Depuis 2 ans qu’il avait atterri à Sète, Dany était rangé par une brûlure intérieure. Il repensait à Inès qui l’avait abandonné. Une plaie vive. En janvier, il avait allumé une chandelle pour l’anniversaire de sa mère et chaque année, il tenait à ce rituel, convoquant les souvenirs de son enfance. Il hésitait à partir à la recherche de sa mère. (118) Mais il avait aussi peur d’affronter son verdict : « Je t’aime pas, je t’ai jamais aimé ». Alors, il tergiversait. * Le jour de l’ouverture du conservatoire de musique, Dany s’inscrivit avec l’espoir d’être admis dans la classe de chant. Il avait l’intention de présenter l’air du Toréador, en écoutant la version de Raimondi. Il travailla comme jamais. * Un mercredi, au moment du dîner, Lucy leur annonça qu’elle était enceinte. (119) Elle avait bien l’intention de garder l’enfant d’Hector, car elle était sûre de son retour. On n’osa pas la contrarier. Elle était habitée d’une foi insensée. (120) Elle était comblée par sa maternité. Le compte à rebours avait commencé. Mais en 9 mois, pas un signe d’Hector. Marthe lui conseilla la doctoresse qui s’était occupée de ses deux grossesses. Elle se mit à grossir vers le 6e mois, Dany proposa de repeindre la chambre du 1er… en blanc. Marthe lui donna des affaires de bébé. Il ne manquait qu’Hector. (121) Mi-février, après que Dany eut fini la décoration de la chambre, Dany essaya de la rassurer. Il ne fallait pas qu’elle se fixe un impératif de date de retour. Lucy répondit qu’elle n’avait pas demandé à être une mère célibataire. « S’il ne se manifeste pas avant la fin du mois, ce sera fini ». * Léna arriva à la date prévue. Léna Caron fut inscrite sous le seul nom de sa mère qui le déclara de père inconnu. Lucy rentra chez elle, mais à la maison, (122) Marthe constata que Lucy était incapable de s’occuper de la petite et décida de rester quelques jours. Dany prétendit avoir fait le baby-sitter dans sa jeunesse, mais Marthe n’avait pas confiance. Elle, elle avait 2 garçons alors elle lui donna des directives. Dès le 2e jour, Marthe laissa Dany s’occuper de la petite et dut reconnaître qu’il se débrouillait mieux que son mari. Lucy ne paraissait pas concernée par cette agitation. Elle restait assise dans son fauteuil au rez-de-chaussée. Au bout d’une semaine, il fallut se rendre à l’évidence : l’état de Lucy ne s’était pas amélioré et le séjour de Marthe se prolongea, assistée de son mari Michel, quand Marthe et Dany devaient aller travailler au restaurant. Lucy ne bougeait plus de la maison, (123) se nourrissait mal, ne se préoccupait pas de sa fille et écoutait Nirvana sur son baladeur. * Marthe voulait que Lucy fasse soigner sa dépression mais elle l’envoya promener. Elle refusa de voir la doctoresse et refusa de prendre les médicaments prescrits. (124) Seul Dany arrivait à vaguement communiquer avec elle, il réussit à lui faire prendre deux pilules. Il s’occupait de la petite… et de Lucy. A force d’insistance, il réussit à la faire sortir dans le jardin. Ils firent du tri dans le garage. (125) * L’arrière-saison était belle. Marthe était en train de langer Léna quand elle se mit à renifler une odeur de brûlé. Il y avait le feu. Devant le garage, Lucy avait allumé un barbecue vengeur dans le brasero où elle faisait brûler le hamac et d’autres affaires d’Hector. Les guitares attendaient sur la pelouse d’être immolées à côté des santiags. Dany voulut intervenir mais Marthe le retint. (126) Mais il ne voulut pas qu’elle détruise les guitares. * Cet autodafé signa le grand bouleversement de la vie de Lucy. Elle entreprit ensuite de découper les photos sur lesquelles apparaissait Hector. Elle gratta la vieille étiquette où figurait son nom sur le portail et en apposa une autre avec Dany. Elle se débarrassa de ses propres vêtements qu’Hector préférait et changea sa coupe de cheveux. (127) Dany lui fit des compliments. Ça la rajeunissait de 10 ans. Finalement, il ne resta rien d’Hector dans sa maison. Seulement des regrets. * Léna était maintenant gardée le soir par la fille d’un voisin. Une nuit, Lucy et Dany rentraient à pied après la fermeture du Napoli. Lucy dit à Dany qu’elle ne savait pas grand-chose de lui. Est-ce qu’il avait une copine ? Il était trop occupé pour ça. (128) Lucy, quant à elle, comptait devenir accompagnatrice pour une agence de voyages. Mais elle ne savait pas quoi faire avec la petite. Elle n’avait pas la fibre maternelle. Elle voulait que Dany s’en occupe pendant son absence. Il accepta. * C’est ainsi que commença la nouvelle vie de Lucy, Dany et Léna, qui formèrent à cette occasion une famille biscornue. La proposition de Lucy convenait à Dany, lui permettait de continuer à vivre dans la maison sur la colline et de rester près de Lucy. (129)
Amours contrariées. Car Dany était tombé amoureux de Lucy, d’un de ces amours déraisonnables qui se vivent dans l’ombre. C’était presque inévitable. Tant qu’Hector était là, il restait à côté. Depuis la disparition d’Hector, Dany voyait bien que Lucy s’accrochait à cet amour disparu comme à une bouée de sauvetage, qu’elle ne vivait que pour lui. Dany n’était pour elle qu’un bon copain. Dany se dit qu’il ne devait pas se découvrir et attendre des jours meilleurs. Sans tenir compte de leurs 7 années d’écart. Aujourd’hui, s’il disait le moindre mot, elle le jetterait sans la moindre hésitation et lui demanderait de partir. Dany était un amoureux asymptomatique, paniqué à l’idée (130) d’être découvert, et Lucy ne se doutait de rien, convaincue qu’elle était de son amitié désintéressée. * Lucy partit donc jouer à la guide sur la route des vins du Languedoc-Roussillon avec des Américains, puis se balada avec des Anglais et des Japonais dans les vignobles d’Occitanie et du Bordelais. Elle travaillait presque sans interruption d’avril à octobre. Son planning changeait fréquemment en fonction des demandes. Elle avait renoncé à s’occuper du Napoli et Dany prit la main sur le restaurant, secondé par Marthe. Dany recruta un serveur et obtint la régularisation d’Omar. Tout le monde se disait que Lucy avait de la chance d’avoir un ami aussi dévoué, capable de s’occuper du restaurant, de la maison et de Léna. (131) Lucy ne faisait rien. Et Dany était confiant dans sa stratégie des petits pas. En attendant, il fréquentait Margot qui travaillait chez le marchand de chaussures de la place mais ça ne dura pas longtemps. Il n’était guère disponible et il semblait gêné qu’on les voie ensemble. Cette attitude se répéta avec ses autres copines et Dany acquit la réputation d’un type pas marrant et pas franc du collier. Et puis (132) on se demandait pourquoi il s’occupait de cet enfant dont la mère avait quasiment disparu. Dany se fichait de ce qu’on pouvait raconter sur lui Et il dut faire face à 3 problèmes autrement plus importants, avant de devoir en affronter un 4e, insurmontable. Le 1er problème apparut au volant d’une Lancia Delta et s’appelait Bertrand, un collègue de l’agence qu’elle ne voyait pas souvent. Il avait pris une semaine de vacances pour visiter la région. Il resta 2 jours et repartit. Lucy revint 1 semaine plus tard pour récupérer un groupe de Belges à Toulouse. Et elle repartit laissant Dany dépité. Un soir, il osa lui demander comment allait Bertrand : « J’en sais rien et je m’en fous », répondit Lucy. Dany reprit espoir. (133) Le 2e problème mit du temps. Lucy généralement, rentrait le dimanche et repartait le lundi ou le mardi. A chaque passage, elle rapportait des bouteilles de vins offertes par les viticulteurs. Lucy tenait bien l’alcool. Mais elle se fit prendre par les gendarmes sur la ligne droite de Madiran au volant du van touristique qu’elle conduisait avec plus de 2g. elle perdit 8 points d’un coup pour l’alcool, l’excès de vitesse et l’absence de ceinture. A partir de cet incident, Lucy s’astreignit à une diète drastique. (134) L’ennui, c’est qu’elle se rattrapait le soir, dans sa chambre d’hôtel. Le 3e problème de Dany, c’était lui-même. Il était conscient de son apparence juvénile. Il avait pourtant presque 21 ans. Il rêvait de paraître plus vieux et commençait à désespérer de jamais arriver à séduire Lucy. Un soir, après la fermeture du restaurant, il hésita à suivre Jacky en boîte de nuit. Celui-ci lui dit qu’il était habillé comme un adolescent. (135) Il devait changer de tenue, aller chez le coiffeur. Il suivit son conseil et changea d’apparence. Lucy le regarda longuement quand elle revint. * Et puis, Lucy se mit à disparaître. Des périodes où on ne la voyait plus pendant 2-3 semaines, une fois un mois entier. Elle ne téléphonait même pas. A son retour, elle feignait de s’intéresser aux progrès de sa fille, mais Dany voyait bien que ça la barbait. Elle ne s’en occupait pas davantage, pressée de repartir. * Le 1er anniversaire de Léna approchait, on pensait que Lucy allait faire un effort, revenir avec un jouet (136) mais elle devait avoir la tête ailleurs et rata le gâteau préparé par Jacky. Léna ne paraissait pas autrement traumatisée par l’absence de sa mère. * Un jeudi en fin d’après-midi, alors qu’il s’apprêtait à partir au Napoli, Dany reçut un appel téléphonique. Un homme voulait parler à Lucy. Il raccrocha sans donner son nom. En sortant de la maison, Dany aperçut Lucy dans sa Clio. Il lui parla du coup de fil. Elle ne voulut pas en parler avec Dany. (137) Il devait aller chercher Léna et la déposer chez Emily. Lucy avait rencontré Denis quand elle faisait visiter le petit château dont il était maître de chai. Elle aurait dû se méfier de cet homme capable de sourire avec les yeux et d’embobiner les clients sur les qualités de son vin. Mais quand elle avait ouvert les yeux, c’était trop tard. Pendant des mois ce fut simple entre ces deux solitaires qui se retrouvaient ici ou là. (138) Bien sûr, il était marié et il ne s’entendait plus avec sa femme mais elle s’en fichait et puis il jurait qu’il allait tout laisser tomber. Lucy n’était pas prête pour ce charivari. Lucy entra dans la maison. Le téléphone sonna. Denis lui annonçait qu’il venait de quitter sa femme pour vivre avec Lucy, ouvrir un bar à vin. Lucy tanguait au bord du précipice. (139) Pour Lucy et Denis, une course éperdue commença ce soir-là, la recherche d’un fonds de commerce abordable : ils arpentèrent la Côte basque. Lucy n’avait pas grand-chose à mettre dans la balance, Denis avait démissionné, sans droits au chômage et avec le divorce, il avait à peine de quoi vivre. Il lui parlait sans arrêt de sa famille en perdition, de sa femme et de ses deux ados. Elle aurait préféré parler d’autre chose. Finalement, Denis trouva un local bien placé à la Grande-Motte. Ils entamèrent les démarches. Mais les banques leur refusèrent les crédits. Lucy continua de balader ses groupes dans les vignobles ; elle n’avait pas l’intention de s’enfermer entre 4 murs. (140) Un soir où il la pressait de signer les documents de l’emprunt elle lui avoua qu’elle n’avait pas envie de se lancer dans cette affaire. Le Napoli lui suffisait et elle refusait d’abandonner sa vie sur les routes. Denis s’entêta, elle n’apprécia pas qu’il ne l’écoute pas, il ne supportait pas qu’elle change d’avis, il s’emporta, évoqua la panade dans laquelle il se trouvait, son fils aîné qui ne voulait plus lui parler. Le ton monta. Lucy voulut partir. Denis l’attrapa par l’avant-bras. Elle cria. Il s’énerva, l’insulta. « Je te préviens, ça va mal se passer ! » C’est à cet instant que Lucy prit peur. Elle se saisit d’une corbeille de fruits en poterie (141) et l’écrasa sur le crâne de Denis : « C’est fini ! tu entends ? » * Les semaines qui suivirent furent difficiles. Denis s’incrusta sans qu’on sache s’il était désespéré d’avoir perdu Lucy ou la gérante de son bar à vin. Il apparut le lendemain devant la maison sur la colline mais Lucy avait prévenu Dany. Il devait dire qu’il ne savait pas où elle était. Et il ne devait pas se laisser embobiner par Denis. Elle les observa derrière le rideau. Dany fut à deux doigts de prendre pitié de Denis (142) et de lui ouvrir mais il joua son rôle de cerbère jusqu’au bout. Denis resta 4 jours et 4 nuits garés devant le portail. Elle ne céda pas, se réfugia dans sa chambre avec Nirvana et son chocolat. Denis finit par partir. (143) Après cette agitation, Lucy éprouva le besoin de souffler. Elle demanda un congé à son patron pour s’occuper de sa fille. Un jour, elle voulut aller chercher Léna à la maternelle mais le responsable refusa de la lui donner. Et quand elle eut l’autorisation, c’est Léna qui refusa de partir avec elle. L’enfant se mit à hurler quand elle voulut la prendre dans ses bras. Il fallut prévenir Dany qui arriva précipitamment. Ils partirent tous les 3. *
Naissance de Carole et réapparition d’Hector. Ce dimanche après-midi-là, (144) Dany proposa d’aller au Lazaret. La mer était calme. Léna commença à faire des châteaux de sable. Dany recommanda à Lucy d’être patiente. * Au moment où ils rentraient de la plage avec Léna, le téléphone se mit à sonner. C’était Martha. Ils n’avaient pas besoin de lui au restaurant. Il décommanda la baby-sitter. Il s’occupa de Léna. Quand il redescendit, Lucy était assise dans le fauteuil, le casque sur les oreilles, à écouter le nouveau Nirvana. (145) Il n’aimait pas ce genre de musique. Mais elle lui mit les écouteurs sur les oreilles. Alors Dany prit Lucy dans ses bras, l’attira vers lui, l’embrassa sur la bouche. Ils se dévêtirent et elle l’entraîna vers le canapé…* Elle rapporta du vin de la cuisine avec deux verres : « Ça fait longtemps que tu attendais ce moment ? – C’est vrai, je vais pas dire le contraire. (146) – Va pas te faire des idées. C’était juste comme ça. […] Tu parles pas, je sais pas ce que t’as dans le crâne. – Tu dois te dire que je suis une mauvaise mère. – que tu sois une bonne ou une mauvaise mère, en vérité, je m’en fous, ça ne me regarde pas, c’est ton problème, pas le mien, pour moi, l’important c’est la petite, la seule chose qui m’intéresse, c’est qu’elle soit heureuse ». Lucy dit qu’elle faisait des efforts mais que ça ne venait pas. Elle devait repartir le lendemain pour récupérer un groupe de touristes à Marseille pour un tout d’une semaine. Ils montèrent à l’étage et firent de nouveau l’amour. Quand Dany se réveilla, le lit était vide. Lucy avait quitté la maison. Dany s’occupa de Léna, rangea la maison. En faisant le lit de Lucy, (147) il trouva une photo qui avait échappé à l’autodafé, on y voyait Lucy et Hector, serrés l’un contre l’autre sur une plage. Il remit la photo à sa place. * C’est ainsi que commença la relation ambiguë entre Lucy et Dany. Elle n’avait pas envie d’une histoire qui s’installe. Elle ne voulait pas faire de projets. Dany, lui, voulait Lucy et il s’accommoda de cette situation à défaut de mieux. Il décida d’être patient. La fois suivante où elle repartit, Dany ne trouva pas la photo dans la chambre de Lucy. Il vécut avec le fantôme d’Hector immiscé entre eux. En général, Lucy rentrait le dimanche soir et repartait le mardi de bonne heure. Ils se retrouvaient comme deux amoureux. Elle lui racontait sa vie sur la route. (148) Parfois, Lucy ne revenait pas et Dany attendait, vaguement inquiet. Une fois, elle resta absente 3 semaines sans prévenir puis réapparut sans donner de détails. Dany ne posa pas de questions. Il s’occupait de Léna et préparait l’épreuve du conservatoire. Il se fit recaler, il était le seul postulant à ne pas connaître le solfège et à chanter de mémoire. * Un matin, Dany fut réveillé par une odeur de tabac. Lucy était là, dans le fauteuil du salon. Elle avait vidé une bouteille de bordeaux. Lucy était enceinte. (149) Dany était content de s’occuper d’un autre enfant. Pour Lucy, ça ne changerait pas grand-chose. Lucy dormit une journée entière puis elle reprit ses tournées. Un mois plus tard, Dany se résolut à l’interroger. Elle n’avait pas eu le temps d’y réfléchir. Dany lui conseilla d’arrêter de fumer et de boire. * Finalement, Lucy s’avéra incapable de prendre une décision. Elle fut obligée d’accepter l’idée d’avoir un autre enfant. Elle s’accrocha plusieurs fois avec Dany et avec Marthe qui lui faisaient la guerre pour qu’elle arrête de fumer. Elle s’énervait contre eux. * Ce vendredi 8 avril, Lucy commençait sa journée dans un hôtel de Châteauneuf-du-Pape où elle accompagnait (150) un groupe de touristes canadiens. Elle était en train de prendre son petit-déjeuner quand la radio annonça la mort de Kurt Cobain. Lucy se leva, la tête lui tournait. Elle retrouva ses Canadiens à qui elle communiqua la programme. Lors de la visite du château du Clos-Venard, elle eut à nouveau des crampes à l’estomac. Elle s’assit près du comptoir (151) quand la femme du maître de chai lui fit remarquer qu’elle avait du sang sur sa robe. * Carole naquit ce soir-là et il fallut pratiquer une césarienne, et avec ses 2kg, elle fut placée en couveuse en soins intensifs. Lucy refusa qu’on prévienne qui que ce soit. Le lendemain, on l’emmena dans la salle des prématurés. Elle n’éprouva aucune compassion pour ce bébé fragile. Elle téléphona à Dany pour le prévenir qu’elle était à l’hôpital d’Avignon. Dany mit 2h pour arriver. Elle refusa son aide. Quand le médecin vint, Lucy se fâcha avec lui car il niait le rapport avec le suicide de Kurt Cobain. (152) Elle était persuadée d’avoir perdu un frère. Elle voulut partir immédiatement. « De toute façon, on peut rien faire pour la petite ». * Ils revinrent à Sète le soir même. Durant le voyage, Lucy ne cessa de blâmer ce toubib qui n’y connaissait rien. Ce fut son leitmotiv pendant des mois, elle avait accouché prématurément à la suite de l’annonce du suicide de son idole. La petite devait rester 3 semaines en couveuse, avec des complications, elle fut mise en assistance respiratoire pendant 5 jours. Dany faisait l’aller-retour pour la voir 10 mn, il ne fut autorisé à la prendre dans ses bras qu’à la veille de sa sortie. Il revint à 3 reprises avec Marthe, ils écoutèrent les directives des soignants et préparèrent l’arrivée de Carole chez elle. Lucy était occupée par ses tournées. Dany prit à l’hôpital une photo de la mère avec sa fille, c’est la seule photo connue d’elles ensemble. (153) Lorsque Carole passa la barre des 3kg, ce fut une victoire. Quand Lucy était en tournée, Dany transportait le berceau de Carole dans sa chambre, il regardait dormir sa fille, il lui chantait des chansons douces qui la calmaient. A son retour, Lucy essayait d’aider comme elle pouvait et restait avec la petite lorsque Dany partait au Napoli mais elle ne la prenait pas dans ses bras, elle n’osait toujours pas. Carole restait fragile, elle collectionna toutes les maladies de son âge. La faire manger était une épreuve. Elle grandissait lentement, avec une constitution délicate. Le pire, c’était ses colères, de l’avis unanime c’était une enfant pénible. Les 3 premières années, Lucy n’assista pas aux anniversaires de Carole mais elle consentit à faire des efforts. Pendant ces années, ni Lucy ni Dany ne voulurent rompre l’harmonie de façade de leur famille, ils trouvaient chacun (154) leur intérêt dans le maintien de cet équilibre précaire, même si Lucy était souvent absente et lointaine. * Pour les 6 ans de Léna, Lucy parvint à l’emmener faire un tour en bateau. Ce jour-là, elle descendit vers le port avec sa fille comme deux copines en balade, elle acheta deux billets pour la grande promenade des ports de pêche avec sortie en mer et vue sur le mont Saint-Clair, sur le cimetière marin, sur la côte. Lucy tenait Léna blottie contre elle. Les années suivantes, elle demanda comme cadeau une autre promenade en bateau mais Lucy n’éprouva pas le besoin de récidiver. Et c’est Dany qui s’y colla. Ce devint un rituel, une fois par an il emmenait les filles faire un tour en mer. Léna apprit à sa sœur tout ce qu’elle savait du vocabulaire marin. Ce sujet ne passionnait pas Carole. * Un dimanche soir, Lucy ressentit un frisson interminable, un séisme qui l’obligea à s’appuyer contre un mur. Rue de la République, elle croisa un fantôme. Elle venait de raccompagner un groupe de touristes écossais à la gare de Montpellier et elle s’apprêtait à reprendre sa voiture pour rentrer à Sète quand elle l’aperçut (155) assis sur l’aile d’une voiture. Elle se dit d’abord que ce ne pouvait pas être lui mais quelqu’un qui lui ressemblait. Il n’avait pas la même dégaine qu’Hector. Mais quand elle s’immobilisa devant lui, il la salua. Elle lui demanda pourquoi il était revenu. « Ç’a été plus long que prévu… j’ai cru que je pourrais me passer de toi et t’oublier, mais c’est tout simplement pas possible. » Elle sut immédiatement que pour elle non plus rien n’avait changé. Lucy lui parla de Léna qui avait 12 ans (sa fille) et de Carole, 9 ans (la fille de Dany). C’est Dany qui s’occupait d’elles. (156) « Je sais pas comment j’aurais fait sans lui ». Ils s’installèrent dans un square. Lucy lui dit qu’elle avait failli ne pas le reconnaître. Il avait eu des années difficiles. Un vieux pote de lycée lui avait donné un coup de main. Il avait changé de nom et il avait maintenant un restaurant à Toronto. Il avait remboursé ses dettes. Il ne savait plus s’il était recherché mais il restait sur ses gardes. Il proposa à Lucy de repartir avec lui. Les filles pourraient les rejoindre plus tard. « On va vivre ensemble, rattraper le temps perdu, on prend l’avion demain à Barcelone ». * Dany rentrait du Napoli, il était fatigué, il avait embauché une 3e serveuse et voulait s’agrandir en récupérant le (157) pressing attenant fermé depuis un an mais le propriétaire demandait un loyer excessif. Dany l’invitait à dîner une fois par semaine pour l’amadouer mais monsieur Armand était une tête de mule. Depuis quelques mois, Léna gardait un œil sur sa sœur. Carole avait fait fuir toutes les baby-sitters de la ville à force d’être odieuse avec elles. Un soir, Léna avait proposé de s’occuper de sa sœur et celle-ci l’écoutait. Quand Dany arriva près de la maison, il aperçut la voiture de Lucy garée de travers. Elle annonça tout de suite qu’elle allait partir avec Hector. (158) « C’est pas ta faute, Dany… Je vais avoir 39 ans, je peux pas passer à côté ». Elle évacua la question de ses filles : « Elles ne se rendront même pas compte que je suis là… Elles sont grandes, elles se consoleront, toi aussi. – Non, je ne me consolerai pas… Alors ces 12 années ensemble, c’était rien du tout, moi qui croyais que t’étais heureuse de cette vie. – Nous deux, c’était très bien et ça a tenu plus longtemps que j’aurais cru, mais ça pouvait pas durer éternellement… Il m’a dit qu’il allait faire les papiers pour Le Napoli et la maison, comme ça y aura pas de problèmes. – Je demande rien. – C’est pour les filles. Je vais te laisser l’adresse où on peut me joindre, en poste restante, à Toronto ». Lucy voulait dire quelque chose pour consoler Dany mais aucun mot ne venait. Elle remonta dans sa voiture et s’éloigna. *
Sur les traces de Nino. Le départ de Lucy ne suscita aucune vague. Dany annonça la nouvelle aux filles le lendemain au petit-déjeuner mais elles n’eurent aucune réaction. (159) Léna demanda à Dany s’il était triste. Il avoua qu’il s’y attendait mais ne croyait pas que ce serait si brusque. * La vie continua sans Lucy, elle oublia de se manifester pour les fêtes et les anniversaires. On s’était résigné à son absence. Mais le soir, Dany se demandait encore ce qu’il aurait pu faire pour éviter ce naufrage. « Peut-être, se disait-il, parce que c’était une histoire à sens unique. » Il se consolait en se répétant qu’ils avaient vécu 12 ans ensemble et que c’était beaucoup. Il fermait les yeux en se remémorant les bons moments. (160) Il avait su dès le 1er jour qu’il n’était pas l’élu de son cœur. Un 2e choix. * En septembre, Dany échoua de nouveau à l’épreuve d’admission du concours de chant du conservatoire. La professeure lui dit qu’il avait une belle voix de baryton mais qu’il était impossible de travailler avec un chanteur qui ignorait le solfège. Elle lui suggéra de rejoindre une chorale. Il tenta sa chance auprès d’une chorale mais on lui dit de prendre des cours de mélodie et d’harmonie. (161) Le soir-même, il entreprit de se mettre au solfège. Mais il fut vite découragé. * Lettre de Dany à Lucy : les filles ne voulaient pas répondre à leur mère (162). Elle ne devait pas leur en vouloir. *Dany mettait un point d’honneur à aller chercher Léna au collège Jean-Moulin avant de récupérer Carole à son école. C’était l’occasion de passer un moment avec elles. Ce jour-là, la directrice de l’école présenta ses condoléances à Dany pour la mort de son épouse. Léna avait écrit sur sa fiche : « mère décédée, père inconnu ». Dany lui parla : Lucy était à l’étranger, d’ailleurs elle ne voulait pas répondre à ses lettres. (163) Léna parla de la mort de leur mère à Carole qui se mit à crier. Dany était gêné. Carole était inconsolable. * Ils sont assis dans le salon. Dany raconte l’histoire de la famille en passant sur certains épisodes : son embauche au Napoli, le soutien d’Hector. (164) Léna ne savait pas grand-chose de lui. Dany expliqua que Lucy l’avait rejoint. Dany promit de s’occuper d’elles. Mais Léna restait sur son idée qu’ils étaient morts. * Quelques jours avant Noël, Dany trouva dans la boîte aux lettres une enveloppe adressée à Léna et Carole, sans nom ni adresse. (165) Il la donna à Léna mais elle déchira la lettre sans la lire. Les autres courriers qui arrivèrent du Canada subirent le même sort. Lucy s’étonnait que ses filles ne lui répondent pas, elle espérait que tout allait bien. Finalement, elle arrêta de leur écrire. * 4 ans plus tard, Carole obtint les félicitations, à la fin de la 4e. Dany crut à une plaisanterie, ce qui mit Carole en fureur. C’était d’autant plus surprenant qu’au 2e trimestre, elle avait été renvoyée pour avoir giflé une camarade qui se moquait de son allure de garçon manqué. Dany était convoqué régulièrement par la prof de français en raison de son tempérament querelleur (166) et parce qu’elle avait déclaré s’ennuyer monstrueusement en cours. Elle était toujours dans les derniers et refusait toutes les aides, notamment celle de Léna qui était une élève appliquée. Dany essaya de faire plaisir à Carole pour l’encourager. Carole voulut aller à la fête foraine. Il refusa d’abord, puis accepta. 17 années avaient passé. Il s’assit à la terrasse d’une brasserie pendant que ses filles s’amusaient. (167) Tout cela ravivait ses souvenirs. Soudain, il aperçut Léna en face de lui. Elle le dévisageait d’un air inquiet. C’est ce soir-là, dans cette brasserie, que Dany raconta sa jeunesse à Léna. Une petite partie. (168) Carole les rejoignit, elle voulait faire une autre attraction mais Léna, du haut de ses 16 ans voulait écouter Dany et comprendre cet abandon. * Les années passèrent. Dany fêta son 53e anniversaire. Léna avait donc 33 ans. Le moment n’est pas encore venu d’aborder la longue période chaotique de la vie de Carole, qui bouleversa la vie de Dany et de Léna. * C’était un de ces soirs de novembre venteux et pluvieux. Marthe et Dany attendaient les clients. A 20h, Dany sonna la fin du service. Il se réjouissait de rejoindre Léna à la maison. Il la prévint de son retour anticipé. (169)