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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 20:19

Menacé par l’Inquisition, le jeune Donato doit fuir le Portugal et ses bûchers. En cet an 1540, il embarque sur un vaisseau à destination de l’Afrique puis des Indes. Lorsqu’il accoste le lointain archipel décrit par Marco Polo sous le nom de Cipango, il s’immerge dans ce Japon médiéval, en apprend la langue, tombe éperdument amoureux et s’offre une nouvelle vie. Parallèlement, au XXIe siècle, Ylona Malone nourrit des rêves de démiurge et chasse les têtes les plus brillantes. Parmi elles, June, férue de linguistique et d’intelligence artificielle ; Karine, spécialiste du processus d’hibernation chez les ours ; Li Shuzhou, physicien en fusion nucléaire, en attente de visa pour les USA ; Angela, pilote de drones ; Leandro, gamer frénétique… Tous sont experts dans leur domaine. Tous ont une faille : leur imagination sans limites. Pur roman d’aventures, à la croisée de la fresque historique et de la spéculation contemporaine, Cipango explore la puissance de la fiction et les dérives d’un monde où la réalité elle-même devient indiscernable. Découvert avec Là où les tigres sont chez eux (Prix Médicis), Jean-Marie Blas de Roblès inventait le roman jungle. Vingt ans après, Cipango en prolonge secrètement l’élan dans une œuvre ambitieuse où passé, présent et futur se réfléchissent à l’infini.

Attention ! La suite du texte dévoile l’intrigue. Si vous n’avez pas encore lu le roman, passez au 2. Critique.

         1.Résumé.

Ukiyo. Le monde flottant.

1. Décollage de la fusée USS Empathy de la base de lancement d’Alcântara pour Triton. M. Knox souhaite bon voyage à Arty. Temps de voyage estimé : 3 ans, 36 h 25 mn et 12s.  2. 1540. Donato Belmonte joue aux cartes avec trois camarades dans un bouge de Salamanque. En rentrant chez lui, il trouve une lettre de Germão Galharde l’informant de l’arrestation de son père à Lisbonne. Donato décide de partir sur-le-champ. 3. Leandro Zem, 24 ans, ingénieur en informatique et doctorant chercheur, à l’université de São Paulo se plonge dans le monde virtuel qu’il a mis au point. 4. 1540. Dom Enrique, le Grand Inquisiteur, convainc son frère, le roi João III, d’organiser le premier autodafé à Lisbonne. Manuel, le père de Donato est soumis à la question par le Grand Inquisiteur et condamné comme converso. 5. Dans la forêt lapone, le Dr Fabrice Bertile et Karine Motta, assistés de Jon, Stig, Mathilde, Guillemette, Günther et Solveig, font des relevés sur un ours nommé Winnie sorti d’hibernation. 6. 1540. L’autodafé est prévu le 20 septembre. Donato se presse d’arriver à Lisbonne et se fait détrousser. Il y parvient juste à temps pour assister à l’exécution de son père. Germão Galharde lui conseille de fuir en changeant d’identité : il s’appellera désormais Francisco Zeimoto. 7. Dans son bureau du Jet Propulsion Laboratory de Pasadena, le docteur Xavi Nazarov, psychiatre, fait passer un entretien d’embauche à Angela Tocchi, candidate à un poste d’ingénieur de pilotage pour la NASA. Il la fait parler de son divorce avec le lieutenant Sam Costello. 8. 1540-1541. A bord du São Bento, Francisco Zeimoto fait la connaissance d’António da Mota, du capitaine Nicolau da Cunha et de Marco Freitas et apprend les rudiments de la navigation pour tromper l’ennui de ce long voyage. 9. A Boca Chica, Ylona Malone, fondatrice et présidente de Star Way, assiste à l’échec d’un vol expérimental de la fusée Eagle 3, sans se décourager. 10. 1541. Arrivés à Goa avec Francisco, Da Mota cherche à contacter sa tante dont il doit hériter. Mais celle-ci est morte depuis 11 mois et il va se heurter à un escroc, Baltazar de Sequeira, malgré l’aide du prieur Leonardo Gonçalves. Sur ordre de Sequeira, Francisco et António sont drogués et enrôlés de force dans l’armada de l’amiral Estêvão da Gama, vice-roi des Indes, voguant vers la mer Rouge. 11. Au consulat général des USA à Shanghai, le Dr Li Shuzhou, docteur en physique nucléaire à Hefei, obtient son visa. Mais à son arrivée à Boston, il apprend que son amant, le professeur Wu Jianyu, activiste ouïgour, a été arrêté. 12. 1542. Le récit reprend la chronique de Miguel de Castanhoso, gentilhomme écuyer. Les Portugais veulent porter secours à l’empereur chrétien d’Abyssinie, menacé par l’émir Ahmed el-Ghazii. Bataille de Jarte. 13. A l’Université de Yale, June O-Fuji, linguiste émérite fait une conférence sur le kuzushiji, puis elle rentre chez elle avec son amant, David Carter, programmateur des sondes spatiales à la NASA. June discute avec Mia, le clone virtuel de sa mère, morte quelques années plus tôt d’un cancer, grâce à son MommyBot. 14. Suite de la chronique de Castanhoso. L’émir contre-attaque. Dom Cristóvão da Gama est tué. Au cours de la bataille d’Ouaïna-Dega, Francisco Zeimoto réussit cependant à tuer l’émir et, grâce à l’oreille coupée, il reçoit une récompense qu’il partage avec António. Les deux hommes quittent l’Abyssinie avec Castanhoso le 16 février 1543. 15. Au cœur de la salle de contrôle du JPL de Pasadena, Angela Tocchi pilote avec succès le drone Ingenuity sur Mars. Elle est heureuse, d’autant que, depuis 6 mois, elle entretient une relation amoureuse avec le Dr Xavi Nazarov. Cette relation contraire à la déontologie trouble le psychanalyste mais dès le retour d’Angela dans son cabinet, ses bonnes résolutions de rupture s’envolent. 16. Francisco et António embarquent sur la caraque de Fernão Mendes Pinto qui apprend à Da Mota les rudiments du commerce et leur conseille de placer leur argent. Ils font escale à Colombo puis arrivent à Malacca où ils montent à bord du São Paulo. Mais ils sont abandonnés sur une île lors d’une escale de chasse. 17. Après sa soutenance de thèse, Leandro Zem a été recruté par la société Tetra en charge de l’espace virtuel Tetraverse. Il a obtenu de rester au Brésil et il a déménagé à Paraty mais se rend une fois par trimestre à Menlo Park. Leandro imagine de construire une machine à visualiser les rêves. Projet qui plaît beaucoup à Matt Zilberman, fondateur de Tetra, plus préoccupé par l’aspect ludique et commercial de cette innovation que par son potentiel thérapeutique.

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 20:16

Teppô. Le tube de fer.

18. Au bout de 17 jours, Francisco, da Mota, Mendes Pinto et Peixoto sont recueillis par Wang Zhi, un pirate chinois. Ils font route vers Ningbo, mais la jonque de Wang, Francisco et da Mota est prise dans une tempête qui les détourne vers l’île de Tanegashima où le dignitaire Oribenojô les accueille. Chronique du moine Chô Shuso sur les étrangers et leur tube de de fer. 19. En 2003, année de la mort de l’astronaute Kalpana Chawla, Raja, le frère aîné d’Ameesha Waka avait été victime d’un accident qui l’avait laissé tétraplégique. Depuis, elle s’était consacrée aux biotechnologies pour redonner une autonomie à son frère. A 34 ans, Ameesha retrouve Leandro Zem et ils mettent en commun leurs projets. Leandro est engagé par Ylona Malone. 20. A Nishinoomote, Tokitaka, le seigneur du clan Tanegashima, accueille Francisco et Da Mota. Il souhaite acheter l’arquebuse et apprendre à tirer. Francisco, lui, veut apprendre la langue. Lors de fêtes données par le daimyo, Francisco croise le regard d’une femme. 21. A l’endroit même où les premiers Portugais avaient débarqué au Japon, Arakawa Takeshi, directeur du centre spatial de Tanegashima accueille Saito Nobu, le Japonais ayant passé le plus de temps dans l’espace. Pendant la cérémonie de remise d’une médaille, le directeur évoque la mémoire glorieuse du grand-père et du père de Saito mais le commandant de Cosmopolis Alpha pense plutôt au reste de la famille tombée entre les griffes des yakuzas. 22. Le 4 janvier 1544, Tokitaka veut essayer l’arquebuse de son forgeron, mais l’arme explose. Suite de la chronique du moine Chô Shuso : histoire du clan Tanegashima, Tokitaka succède à son père Shigetoki. 23. Jason Knox et son avocate Soo-Min Park, arrivent en hélicoptère au Paraíso Escondido de Caracas, où ils sont accueillis par Gabriel Vargas, PDG d’InnovaSalud. Celui-ci les conduit dans un bunker au sous-sol où une équipe de chercheurs dirigée par Karine Motta s’apprête à réveiller 5 personnes mis en état d’hibernation depuis 5 ans. Mais le réveil se passe mal et Vargas s’affole. Knox lui rappelle qu’il le tient pour ses affaires. Karine, quant à elle, est sous l’emprise de Knox. 24. 3 jours après, Yaita Kinbei Kiyosada vient offrir sa récompense à Da Mota : sa fille Wakasa, 16 ans, qui avait offert un poème à Francisco. A contrecœur, Da Mota accepte de l’épouser. Le 27 janvier 1544, Tokitaka fait route vers l’île de Yakushima et en chasse les hommes du Nejime. 25. Ylona Malone retrouve, en plein milieu du désert texan, le professeur Johan Björnsson, ex-prodige des mathématiques, en rupture de ban qui lui a tant appris. Ylona lui parle de ses projets pour rendre Mars habitable. Le professeur lui confie ses idées et lui donne un dossier. En repartant, elle appelle Youri Zhukov en Biélorussie pour lui parler d’un sujet sensible. 26.  Alors que Francisco apprendre à connaître le Nippon avec Chô Shuso, Yaita se rend compte que Wakasa a été frappé par Da Mota qui est décidé à partir avec Wang Zhu pour faire des affaires. Mais au moment du départ, une étrange mise en scène se produit. 27. June est tracassée par les révélations sur sa mère et préoccupée par le décryptage du manuscrit Voynich. David le sort de ses pensées : il l’amène en voyage au Royal Coral Resort & Spa, à l’île Maurice. Sur la plage, ils parlent de vie extraterrestre et de satellites. 28. Deux semaines après le départ de la jonque, Tokitaka reçoit un courrier de son oncle Ôtomo Yoshiaki, puissant seigneur du royaume de Bungo qui est intéressé par l’arquebuse du gaijin. Chô Shuso qui l’accompagne conseille le seigneur sur le traitement de sa maladie. Ôtomo Yoshiaki assiste aux démonstrations de l’arme. Mais son jeune fils, Shioichimaru, qui a été privé de cet essai, dérobe l’arme qui explose et manque de le tuer. Francisco vient à son secours. 29. Wu Jianyu, amaigri, subit le régime sévère de sa prison de Kashgar, dans le Xinjiang, avec le sentiment d’avoir été abandonné. A Cambridge, USA, Li Shuzhou continue ses recherches et sa notoriété nouvelle lui permet de médiatiser la cause des Ouïgours et de Jianyu. Ce dernier est transféré dans un autre centre de rééducation où, sous la menace, on l’oblige à se repentir en public. 30. Comblé par le seigneur Ôtomo Yoshiaki et instruit par le moine Chô Shuso sur les croyances shintoïstes, Francisco retourne à Nishinoomote où Tokitaka l’accueille avec chaleur. Il l’entraîne au Pavillon de la lune où six jeunes courtisanes se livrent à un concert, à des danses puis à des jeux érotiques. Tokitaka choisit Kiyomi et Francisco, Miyuki. 31. On implante sur Raja des électrodes microscopiques pour établir un pont digital entre son cerveau et sa moelle épinière. Grâce à cette opération, il recouvre progressivement ses capacités motrices jusqu’à pouvoir conduire une Formule 1. Mais il est victime d’un grave accident dans le virage de Corkscrew du circuit de Laguna Seca : c’est à ce moment-là que Ameesha se réveille de son rêve où l’accident n’était pas prévu. Avec Leandro, elle recommencera. 32. Le jeudi 3 juillet 1544, Da Mota revient à Nishinoomote avec un armurier portugais, Gabriel Coelho, qui aide le forgeron à régler le problème de l’arquebuse. Tokitaka se lance dans la fabrication et le commerce de ces « tubes de fer » qui commencent à être réputés dans le pays. Tokitaka fait un présent à son suzerain Shimazu Takahisa, daimyo de la province de Satsuma qui propose à Tokitaka d’épouser dame O-fuji. Au retour de Da Mota, Francisco a reçu une lettre et un présent de Wakasa. 33. A Provideniya, on charge des caisses sur le cargo Novaya Zarya, sous la supervision de Youri Zhukov, ancien bras droit d’Evgueni Viktorovitch Prigojine. Deux jours plus tard, on transfère le chargement (100 ogives nucléaires) dans l’Ocean Crest, pétrolier battant pavillon libérien Le navire quitte la zone polaire, puis se dirige vers la mer Rouge. Près du détroit de Bab-el-Mandeb, l’Ocean Crest est attaqué par les Houthis mais réussit à reprendre sa route et à passer le canal de Suez. Sur le site de lancement de Boca Chica, les ogives sont supervisées sous le contrôle d’Ylona Malone et des employés de Star Way. 34. Da Mota s’enrichit avec son commerce et envisage de transformer cette île païenne en enclave portugaise. Dès la mi-août, il repart pour Ningbo sans son épouse ni O-tama. Le mariage de Tokitaka a lieu peu de temps après. Et O-tama porte un mot à Francisco reçoit. Wakasa et lui prennent l’habitude de se retrouver au temple Jionji puis chez elle. 35. Depuis un mois, Angela a investi l’espace de Nazarov. Mais le médecin quitte la maison pour ses consultations et, par hasard, Angela trouve un carnet dans lequel il expose toutes ses préventions contre la jeune femme et la nécessité de s’éloigner d’elle. Furieuse, Angela décide de fuir. 36. La relation clandestine de Francisco et de Wakasa est bientôt connue de tous. Histoire de Nobunaga, « le fou d’Owari », fils aîné et héritier du seigneur Oda Nobuhide. Wakasa annonce à sa mère, Dame Katsuko, qu’elle est enceinte le jour du retour de Da Mota.

Kirishitan. Les premiers chrétiens.

37. Aux commandes du Lynx-7, Angela contrôle les installations de Cosmopolis alpha, la base lunaire où elle est arrivée depuis 3 semaines, et rend compte de ses observations au commandant Saito Nobu. Sa mission terminée, elle rejoint l’unité de vie et croise Saito en sortant de la douche. Réf. à Athanasius Kircher (Là où les tigres sont chez eux). 38. Au retour de son deuxième voyage avec un charpentier et des artisans, Da Mota se déchaîne contre Wakasa qu’il force à un rapport sexuel violent. Trois semaines après son retour, Wakasa lui annonce qu’elle est enceinte « de lui ». Mais Da Mota est stérile. Wakasa avoue que le père est Francisco. Wakasa et Francisco sont jugés pour adultère mais le forgeron excipe d’un contrat (mukoyoshi) qui permet à sa fille d’échapper au châtiment. Le mariage est annulé et Da Mota chassé du domicile conjugal. 39. Dans son penthouse de New York, Jason Knox assiste, en direct sur CNN, au triomphe d’Ylona Malone qui a lancé ses 4 Star Way Nova vers Phobos, aux côtés de Karine. Malone coupe court aux rumeurs. Quelques jours plus tard, elle se retrouve à Mar-a-Lago et reçoit les félicitations du couple Trump, mais les réseaux sociaux bruissent de suspicions sur les ogives nucléaires. 40. Le 1er juillet 1546, Dame O-fuji accouche d’une fille, Utahime, et un mois plus tard, Wakasa donne naissance à un garçon, Kaito. Au même moment, dans la province de Bungo, le samouraï Yajirô, refusant d’exécuter un ordre injuste, fuit avec son serviteur. Il est sauvé par une nef portugaise sur laquelle se trouve Fernão Mendes Pinto. Francisco avertit Da Mota de l’arrivée de ces concurrents potentiels et lui promet le soutien de Tokitaka. Les deux hommes oublient leurs différends. 41. Angela et Saito rentrent sur Terre après leur mission sur la Lune. 6 semaines plus tard, Angela reçoit un message de Saito l’invitant à Osaka. Sur place, il lui présente sa mère Keiko et amène Angela sur la tombe de sa sœur Yui, où il dépose un peu de poussière de Lune qu’il a rapportée clandestinement.

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 20:13

42. Dans les jardins du temple de Jionji, le moine Chô Shuso échangent sur la philosophie zen et sur les Évangiles. Francisco et Wakasa coulent des jours heureux. Leur fils Kaito est élevé avec Utahime, la fille du seigneur. Au printemps de l’année suivante, Da Mota revient et donne des nouvelles de Fernão Mendes Pinto : le samouraï Yajirô et son serviteurs ont été convertis par le père Xavier, ce qui réjouit Da Mota et inquiète Francisco. 43. Les 4 fusées Nova tirent leurs 95 missiles nucléaires, provoquant la destruction de Phobos dont les blocs se précipitent sur Mars. Des tempêtes se déchaînent, Démios, la plus petite des lunes martiennes quitte son orbite et se précipite sur la planète rouge qui devient inutilisable pour les Terriens. Pour Ylona Malone et Star Way, l’échec est retentissant. Poursuivie par les médias et la justice, ruinée (son empire racheté par Knox), elle se réfugie chez Johan Björnsson. 44. L’hiver de la 18e année de l’ère Tenbun, dans la province d’Owari, Oba Nobuhide, son fils Nobunaga et leur conseiller tiennent un conseil stratégique : les Takeda ont conquis le Shimano et les Imagawa le Mikawa, sur le front nord, ils sont menacés par les Akasura et les Saito. Ils doivent donc envisager des alliances avec les Saito et les Uesugi. Le père envisage un mariage de son fils avec Saito Dôsan. Un messager annonce la prise du château d’Ôsumi par les troupes de Shimazu Takahisa. Dans le même temps, celui-ci adresse un courrier à sa sœur O-fuji, pour la féliciter de la naissance de sa fille Myôren et espérer la naissance d’un fils. Il l’informe également des progrès inquiétants du christianisme dans le pays. 45. Depuis l’explosion de Phobos et la chute de Démios sur Mars, David est inquiet et paranoïaque. June s’en rend compte. Il semble avoir peur de quelque chose. La nuit suivante, à 4h du matin, il prend sa voiture et disparaît. 46. Alors que Dame O-fuji prie Kodakara, déesse de la fertilité et Konsei-sama, dieu de la force créatrice et du bonheur, pour avoir un fils, une nef portugaise aborde à Nishinoomote, commandée par le capitaine Diogo Pereira. Le père Xavier, nonce apostolique, est à bord. Da Mota et Francisco viennent à leur rencontre. Dans la troupe, Felipe Cisneros reconnaît Donato Belmonte en Francisco mais celui-ci nie. Le soir, Da Mota invite le missionnaire jésuite qui fait état des progrès de la conversion au Japon. Il voudrait rencontrer Tokitaka. Tout ceci inquiète Francisco. 47. A l’aube, June est prévenue par un officier de la police d’État de la mort de David dans un accident de voiture. Après avoir prévenu Bill Carter, le père de David, June se rend à la morgue de l’hôpital Huntington pour identifier le corps et apprend des informations surprenantes sur David. De retour chez elle, elle trouve des photos choquantes d’elle dans un dossier « Jardinage » de l’ordinateur de David. Cela ne semble guère surprendre son père. 48. Au palais, Tokitaka et sa cour reçoivent le père Xavier et Lourenço. Et ce dernier entame un long sermon où il résume la Bible et la doctrine chrétienne. Pour toute réponse, Tokitaka fait venir le bouffon Inari qui tourne en dérision les deux missionnaires qui finissent par se retirer. Le père Xavier quitte l’île dès le lendemain. Lourenço leur apprendra sa mort sur l’île de Shangchuan le 3 décembre 1552. 49. Li Shuzhou a réussi à mettre au point un nouveau réacteur compact et puissant, à la grande satisfaction de Jason Knox qui a racheté les sociétés de Ylona Malone. En rentrant chez lui, cependant, Li tombe sur Zhang Wei, l’homme du train de Hefei qui commence à le faire chanter : en échange d’informations confidentielles sur son travail, les conditions de Jianyu seront allégées. Il cède de plus en plus de données secrètes. 50. Maître Chô Shuso, plutôt que la doctrine des Kirishitan, a suivi le père Kenji et sa flûte Shakuhachi. Tous les deux partent sur les routes et sont reçus à la cour d’Oda Nobunaga qui a succédé à son père et accaparé les fonderies de teppô. Après la mort de Kenji, Chô revient à Tanegashima où Tokitaka a pris une seconde épouse, dame O-kiku, fille de Nejime Takashige, qui lui a donné un fils, Tokitsugi, au grand dam de dame O-fuji. Mais les deux épouses se réconcilient. Cette même année, le roi João III proclame un monopole royal sur le commerce entre la Chine et le Japon, contrôlé par un capitão-mor. Jusque-là, Da Mota avait continué ses affaires en s’associant avec Luis Melo, un Japon contrebandier converti. Mais les choses se compliquaient. En l’absence de Melo, il se rend souvent à Yamaguchi pour visiter la mission jésuite pour discuter avec les pères Cosme de Torres, Juan Fernández et Fernáo Mendes Pinto qui venait d’être admis dans la Compagnie.  Pour faciliter son négoce, Da Mota envisage même de favoriser la conversion de Tokitaka. Cosme de Torres refrène son impatience. 51.  Maria Delgado et le Dr. Leonard Brahms, directeur de l’Observatoire du désert d’Atacama identifient un message suspect, rapidement repéré par d’autres observatoires dans le monde : un signal provenant de Triton, la plus grande Lune de Neptune et plus exactement d’une région nommée Cipango Planum. Sandeep Malhotra, superviseur du SETI, appelle June et lui demande de décoder le message : [O | (OO)] O | (OO) : « Sommes-nous seuls dans l’univers ? ». 52. Francisco et Wakasa vivent heureux avec Kaito qui vient de fêter ses 10 ans. Un jour, la « nef noire » du capitaine-majeur dom João de Meneses, la Nossa Senhora da Graça, accoste au port de Funai et décharge ses trésors. Francisco fait la connaissance du poète Luís Vaz de Camões qui est à bord et qui lui donne des nouvelles de Germão Galharde, brûlé par l’Inquisition. Le moine Chô reproche à Francisco de lui avoir pris son tengai. 53. La situation matérielle de Jianyu s’améliore dans la prison mais il subit le mépris des prisonniers et des gardiens. Il vole un livre dans la bibliothèque et rédige ses confessions en marge puis confie le tout au médecin ouïgour pour qu’il le fasse sortir. Et il se pend dans sa cellule. 54. Lettre du père Gaspar Vilela, missionnaire de la Compagnie de Jésus au père Francisco Botelho, de l’Ordre des Prêcheurs, nouvel Inquisiteur des Indes sur les progrès et les revers de l’évangélisation du Japon, l’édification d’hôpitaux et d’églises, la conversion de nouveaux fidèles, la mort du roi João III, de l’empereur du Japon, Go-Nara, les rivalités des seigneurs et les progrès de Nobunaga dont la position vis-à-vis du christianisme semblent ambiguës.

Yose. Fin de partie.

55. Le communiqué officiel faisant état du message de Triton : « Sommes-nous seuls ? », suscite l’émoi de toutes parts, jusqu’à l’ONU où le débat fait rage sur la réponse à apporter. June rédige une réponse minimaliste : « Vous n’êtes pas seuls. », qui est envoyée mais ne reçoit aucun écho. Un mois plus tard, Jason Knox annonce qu’il va envoyer une mission sur Triton. Le Prix Nobel de physique, l’astrophysicien Steven Weinberg, juge la mission impossible mais le Dr Li Shuzhou présente son projet de réacteur à fusion nucléaire associé au principe d’hibernation de Karine Motta. Les financiers cèdent aux arguments de Li et de Knox. 56. A la fin de l’automne, Wakasa est tuée par une ourse lors d’une chasse. Ses funérailles sont célébrées selon le rite traditionnel. 57. Li Shuzhou propose un nom pour le vaisseau spatial : Empathy, et annonce qu’il sera du voyage. Cette nouvelle expédition qui laisse indifférent le public, passionne, au contraire, les hautes sphères. La base d’Alcântara, au Brésil, est choisie pour le lancement à la grande satisfaction de José Moreira da Rocha Junior. Karine Motta, toutefois, se heurte à un problème relatif à l’hibernation : le réveil. Knox lui propose de collaborer avec Leandro Zem et Ameesha Waka qui sont en mesure de résoudre ce problème avec leurs recherches sur leurs rêves : on les emmènera à Cipango. 58. Le shogun Ashikaga Yoshiteru nomme Tokitaka « Lieutenant de la division gauche des gardes du Palais Intérieur » et le convie à Miyako pour une démonstration des dernières armes à feu. Francisco et Da Mota l’accompagnent. Les préparatifs des artificiers durent plus d’un mois, et pendant ce temps, Gaspar Vilela, invite Francisco et Da Mota en compagnie de Lourenço et d’un troisième jésuite, Luís Fróis. Vilela leur faut un tableau de la conjecture générale à Miyako et du rôle joué par Oda Nobunaga qui a étendu son influence. Vilela leur parle aussi des progrès de l’Inquisition en Inde et leur montre une liste de conversos recherchés sur laquelle Francisco lit le nom de « Donato Belmonte ». Da Monta dénonce un médecin de Bombay, Garcia da Orta. Vilela entend défier les autorités religieuses locales dans un débat. A l’issue des essais des armes, le médaillon de Francisco, arraché par un singe, s’ouvre, dévoilant une étoile de David. Da Mota reconnaît un converso en Francisco. 59. Helena Möller, secrétaire générale de la Commission Spatiale Internationale à l’ONU et ancienne directrice de la NASA, a rendez-vous au Metropolitan Club, près de la Maison-Blanche. Elle a un certain nombre de remarques à faire concernant la mission Empathy, notamment sur la composition de l’équipage. Ils conviennent que Li Shuzhou sera l’ingénieur en propulsion et en énergie et Saito Nobu le commandant de bord. Ce dernier accepte à condition qu’Angela Tocchi l’accompagne. June O-fuji a donné son accord. Leandro Zem est lui aussi partant mais Ameesha Waka est retenue par la situation de son frère Raja. Quant à Karine Motta, c’est plutôt Knox qui voudrait l’empêcher d’embarquer. 60. Da Mota saute alors sur Francisco en le traitant d’hérétique mais Tokitaka s’interpose et tue Da Mota. Les semaines passent dans l’attente de la seconde démonstration, pendant lesquelles Tokitaka s’entiche d’une courtisane de luxe, dame Mitsuki qu’il rachète au Yûgen-no-ma, une maison de plaisir. Dans le pays, la tension est grande entre les missionnaires et les bonzes et, quelques jours avant le départ de Tokitaka et de Francisco, Oda Nobunaga décide d’organiser la joute théologique : les pères Fróis et Lourenço l’emportent sur le Nichijô Shônin, recteur du Hongan-ji, et Nobunaga autorise la diffusion de la foi chrétienne.

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 20:09

61. Sous le ciel d’Alcântara, l’USS Empathy est prêt. Un premier essai à vide a donné pleine satisfaction. L’équipage continue son entraînement. Mais au fond d’un bassin de simulation, Xavi Nazarov, hanté par un souvenir traumatique, panique et manque de se noyer. Angela vient à son secours. 62. Tokitaka et Francisco rentrent à Nishinoomote avec dame Mitsuki. Dame O-kiku est jalouse de cette nouvelle concubine. Dame O-fuji, Chô Shuso et les conseillers font un rapport sur l’état du royaume à leur seigneur qui reçoit une proposition du seigneur Shimazu Takahisa. Dame Myôren, la plus jeune fille de Tokitaka épouse Shimazu Yoshihisa. Sa sœur aînée qui l’a accompagnée à Kagoshima, épouse le seigneur Ijûin Tadamune, au grand dam de Dame O-fuji. En hiver, Dame O-fuji organise un dîner de réconciliation mais à l’issue de celui-ci dame O-fuji, dame O-kiku et Tokitsugi meurent d’empoisonnement au fugu. Mitsuki s’en tire miraculeusement, attirant la suspicion d’Inari. 63. Le présentateur de CBS commente, en direct de la base d’Alcântara, le lancement de l’USS Empathy. Les huit membres de l’équipage montent à bord du module d’habitation et s’installent dans les nacelles où s’amorce le processus d’hibernation. A 7.000 km de là, dans le désert de Chihuahua, Johan Björnsson et Ylona Malone observent la scène à la télévision. 64. L’officier de justice et le seigneur Tokitaka interrogent le cuisinier Hiroshi qui assure qu’il a testé le fugu lui-même. Inari accuse dame Mitsuki d’avoir empoisonné les baguettes pour éliminer ses rivales et le prince héritier, elle-même étant enceinte d’un garçon. Elle nie mais Tokitaka lui demande les baguettes. Comme elle refuse, Tokitaka ordonne son arrestation oui, après ses aveux, son exécution. Mais elle se suicide dans sa prison. 65. L’USS Empathy a quitté la base d’Alcântara depuis deux ans. NeuroPulse, l’intelligence organique embarquée veille à la sécurité à bord et Arty en assure l’interface opérationnelle. A l’intérieur des caissons, les dormeurs poursuivent leur rêve programmé dans un Japon du XVIe siècle fidèlement reconstitué. Tout est stable à l’exception qui échappe à la trame collective, se prenant pour François Xavier en mission ou obsédé par une femme qui ressemble à Angela. L’intelligence organoïde décide de le réveiller. En ouvrant les yeux, Nazarov se croit au Paradis. Arty diagnostique des « désorientations post-libératoires. » 66. Après l’affreux malheur qui a touché sa famille, Tokitaka fait ériger un sanctuaire à la mémoire de son fils. A l’issue de la période de deuil, il épouse dame Furuta, fille de Kuroki Michizumi. Au début de l’été, Francisco reçoit une lettre du père Vilela l’informant de la conversion du seigneur Ômura Sumitada, baptisé Bartolomeu qui a ainsi concédé le port de Yokoseura à la Compagnie de Jésus ; le père Vilela compte sur l’aide de Francisco pour convaincre Tokitaka d’autorisation de prêcher dans son royaume. Francisco prévient le seigneur. Au début de l’année suivante, les choses se précipitent. Le conflit entre les partisans des jésuites et d’Ômura (qui concède aussi le port de Nagasaki à la Compagnie de Jésus) et leurs adversaires. Alors que son fils Kaito veut prendre les armes, Francisco apprend la mort de son vieux maître Chô Shuso et l’entrée d’Oda Nobunaga à Miyako qui établit Ashikaga Yoshiaki comme nouveau shogun et rappelle à sa cour les kirishitan pour en faire ses conseillers et les combler de faveurs. 67. Xavi Nazarov, réveillé, est pris en charge, à bord, par Arty et par Helena Möller, depuis la base d’Alcântara. Sa mise en sommeil a été interrompue en raison d’une activité cérébrale excessive engendrée par des résidus de benzodiazépines dans son organisme avant l’induction. Il lui reste maintenant 368 jours avant le réveil de ses camarades de vol. Et d’ici là, il va devoir se créer une nouvelle routine physique et intellectuelle. Mais ce qui l’obsède surtout c’est le corps nu d’Angela, endormi près de lui dans son caisson. Il en fait des cauchemars. 68. Chronique du « roi démon » par Ôta Gyûchi. Entre la 11e et la dernière année de l’ère Eiroku, l’ombre de Nobunaga s’étendit sur l’archipel, avec l’aide des généraux Tokugawa et Toyotomi et du gouverneur de Miyako. Ils s’emparent de nombreuses villes, détruisent des sanctuaires et massacrent la population. Pendant ce temps, à Miyako, Takeda Shingen tente d’organiser la riposte avec les seigneurs Uesugi Kenshin, Asakura Yoshikage et Môri Motonari. Leurs premiers succès sont sidérants mais Takeda Shingen meurt subitement à l’âge de 52 ans et Nobunaga reprend l’avantage. Le 18e jour du 7e mois de l’ère Tenshô, le dernier des Ashikaga capitule et se retire dans un monastère. Le royaume retrouve la paix et l’empereur nomme Nobunaga, duc et daijô-daijin, « ministre des Affaires suprêmes ». Sans avoir le titre, il a le pouvoir d’un shogun et détourne la fonction des fonderies pour fabriquer des armes. A Miyako, le père Cabral remplace le défunt père Cosme de Torres, et avec le père Organtino Gnecchi Soldo, il rencontre le père Fróis pour s’enquérir de l’état du pays. Fróis reconnaît les progrès de la foi chrétienne mais souligne la cruauté et le cynisme de Nobunaga, ce qui ne semble pas déranger les deux nouveaux missionnaires. Dans la province de Mikawa, Torii Sune’emon, l’allié de Nobunaga et de Ieyasu est défait. La pluie a rendu inopérantes les armes à feu.  69. Au bout de 1081 jours, Karine Motta se réveille et remarque que la nacelle de Nazarov est déjà ouverte. Arty l’informe. Puis, tour à tour, Saito Nobu, Ameesha Waka, Angela Tocchi, June O-fuji et Li Shuzhou sortent de leur hibernation. Leandro Zem, lui, semble bloqué dans son rêve. Le commandant Saito Nabu part à la recherche de Nazarov et le retrouve dans la salle de sport, en proie à une grande agitation. Karine lui donne un sédatif. Après avoir fait son rapport à Alcântara, Saito Nobu répartit les tâches. A l’infirmerie, Karine remarque que Nazarov a consommé une grande quantité de psychotropes. June, de son côté, note une augmentation du signal venant de Triton. L’USS Empathy se trouve maintenant à 14 jours de son objectif. Helena Möller et Knox les félicitent à distance. Ils ne semblent pas au courant des dérives du psychiatre. Arty n’a rien dit. 70. Malgré l’avis de Francisco, Kaito a décidé de se rallier aux forces de Takeda

Katsuyori. Dans la plaine de Shitarabara, à une lieue du château de Nagashino, les 38.000 hommes de Nobunaga s’apprêtent à affronter les soldats de Takeda, deux fois moins nombreux. Contrairement à l’avis de ses commandants (Baba Nobuharu, Yamagata Masakage, Naito Masatoyo), Takeda veut attaquer de front. C’est une hécatombe. Tokeda Nobuzane, Yamagata Masakage, deux samouraïs et Kaito meurent. Le clan Oda triomphe. Sur le parquet, Francisco est hanté par la vision de son fils et il croit voir Wakasa. O-tama le réveille de son rêve. 71. Nazarov se réveille progressivement mais continue de maudire Arty. Karine et Angela s’enquièrent de son état et commence à avoir des doutes sur l’IO. A Alcântara, toutefois, personne ne semble s’inquiéter des cas de Nazarov et de Leandro. Angela tient à avertir discrètement Saito Nobu. Ils vont avoir besoin d’Ameesha pour pénétrer l’architecture interne. Le cas de Leandro est déroutant. Il reste en phase de sommeil et semble s’y complaire. En pénétrant dans ses rêves, elle croise la figure de Tokugawa Iyesaasu. Elle comprend que Leandro ne rêve pas en dehors du système, il l’a infiltré. De son côté, Li observe lui aussi quelques modifications dans la cellule thermique. Arty a-t-il pris des initiatives ? June O-fuji, à son tour se lance dans l’analyse du signal. Et les analyses d’Ameesha l’amènent à entrer en conflit avec Arty : il a pris l’initiative interdite de communiquer des informations à Nazarov. 72. Les années qui suivent la disparition de Kaito s’écoulent dans une sorte d’immobilité anxieuse, hors du temps et des événements qui agitent le Japon. Francisco alterne les heures qu’il consacre à instruire Hisatoki et ses retrouvailles avec Wakasa. Après la victoire de Nagashino, Oda Nobunaga, déjà maître de 50 provinces, continue sa conquête. Il célèbre son triomphe au cours d’une vaste cérémonie avec ses trois fils Nobutada, Nobukatsu et Nobutaka. Les royaumes qui n’ont pas été conquis se rallient à lui. Il fait construire un temple à sa gloire et fêter le jour de sa naissance. Sa cruauté s’étend même à ses proches, comme le malheureux général Akechi Mitsuhide qu’il humilie même quand celui triomphe du seigneur Hatano Hideharu. Au 4e mois de la 8e année de l’ère Tenshô, Tokitaka est emporté en quelques jours par la maladie. Hisatoki, alors âgé de 11 ans, lui succède à la tête du clan Tanegashima. Toujours en grâce auprès de Nobunaga, les jésuites se succèdent à la cour de Miyako. Le père Alessandro Valignano, visiteur apostolique, apporte des cadeaux à Nobunaga mais ce qui intrigue le plus le seigneur, c’est le valet du jésuite, un esclave noir géant, originaire du Mozambique, nommé Kuru-san, « monsieur noir ». Nobunaga insiste pour que Yusuf, rebaptisé Yasuke, reste à son service. Il l’affranchit et le fait samouraï. 73. Dans la zone 0, Ameesha fait son compte-rendu à Saito et Angela. Le plus grave pour le commandant n’est pas tant qu’Arty ait donné des nouvelles de la Terre à Nazarov mais qu’il ait effacé des données. Saito souhaite, néanmoins, ramener le calme. En revenant dans la salle, ils observent Neptune par le hublot. Les jours se succèdent et la routine reprend. Depuis la Terre, Helena Möller minimise l’incident et, d’ailleurs, Arty se montre irréprochable. Ameesha ne parvient pas à déconnecter Leandro de son rêve. Nazarov a cessé d’invectiver Arty et s’est repris. Mais il passe son temps à relire les messages écrits sur la salle de musculation, parmi lesquels figurent le mot « Erasmus » et la phrase « Commune naufragium omnibus solatium », sans pouvoir en comprendre le sens. Soudain une alerte se déclenche. Une pluie de météorites frappe le vaisseau. Saito s’apprête à sortir mais Arty le rassure : les microfissures ont été isolées et resoudées. Arty renouvelle ses propos contre Arty mais les autres ne veulent pas l’entendre.

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 20:03

Pl74. Francisco semble perdre la raison. Dans le Kyûshû, face aux forces chancelantes du clan Môri, le général Toyotomi a demandé d’importants renforts pour s’emparer du château de Takamatsu et achever l’occupation de la province. Tokugawa Iyesau ne pouvant intervenir, Nobunaga lui envoie les commandants Ikeda, Hori et Takayama avec l’intention de les rejoindre. Il quitte son château d’Azuchi avec Yasuke et une centaine d’hommes. Parvenu à Miyako, il fait halte quelques jours au temple Honnô où il demande à Akechi Mitsuhide de soutenir Toyotomi Hideyoshi. Le 20e jour du 6e mois, le maître du Japon convoque plusieurs personnes à assister à une partie de go entre Honinbo Sansa et Hayashi Rigen. Mais, à l’aube du 21e jour du 6e mois de la 10e année de l’ère Tenchô, les troupes d’Akechi Mitsuhide, qui ont fait demi-tour, attaquent le temple de Honnô, forçant Nobunaga à se donner la mort. Yasuke est arrêté et remit aux jésuites. Le soir même où Mitsuhide attaque le château d’Azuki et pousse Nobutada à la mort. Mitsuhide se proclame shogun. Mais Toyotomi Hideyoshi fond sur Miyako et livre bataille à Mitsuhide qui est tué par des paysans dans sa fuite. Il n’aura été shogun que durant 13 jours. 75. Penchée sur l’écran du caisson n°8, Ameesha scrute les données de Leandro. Ce matin-là, 2 jours avant l’arrivée sur Triton, elle plisse les yeux devant un pic sur le tracé de l’ECG. A 6h30, sa température augmente et le pouls s’accélère. Appelée en urgence, Karine injecte 2 ampoules de paracétamol et d’adrénaline dans la perfusion. Leandro est en état d’hyperactivation immunitaire sans facteur externe. Il risque des lésions mnésiques. Il faut ouvrir le caisson. Karine valide la demande. Leandro est en pleine panique. Ameesha se penche sur lui et lui promet de la sauver de là. La phase de sommeil paradoxal s’interrompt pour un état de vigilance cognitive. Elle lance le logiciel de traduction et active l’enregistrement. Des contenus commencent à émerger : un escalier, une salle de conférences, Jason Knox en train de donner des ordres, une main sectionnant des fils sous le capot d’une voiture et le corps nu de June dans un abandon troublant. Ameesha demande à Karine d’aller chercher June. Celle-ci certifie que ce n’est pas Leandro qui a pris ce cliché. Ameesha interroge alors Arty qui ne fait pas de réponse satisfaisante. Soudain, Ameesha entend un gémissement. Leandro prononce le nom de David Carter. 76. Inari, O-tama et les gens du château ont disparu de l’univers de Francisco qui aspire désormais à un sommeil sans rêves. Songeant à la réaction des jésuites après la mort de leur protecteur, il se transporte en esprit dans la mission de Miyako. Toyotomi Hideyoshi succèderait à Nobunaga et Mitsuhide et il continuerait la conquête du Japon. Une même prescience lui montrait la chute des missionnaires : la reprise en main par le nouveau shogun, le grand édit national d’expulsion des missionnaires catholiques et l’affaire du San Felip, révélant les intentions des missionnaires et déclenchant la colère de Toyotomi Hideyoshi qui, en l’an 1597, fera crucifier 6 franciscains espagnols, 17 de leurs convertis autochtones et 3 jésuites japonais à Nagasaki. L’année suivante verrait l’avènement de Tokugawa Ieyasu, le transfert de la capitale à Edo, le début d’une dynastie shogunale qui durerait plus de 2 siècles. Le 1er février 1614, 23e jour du 12e mois de la 18e année de l’ère Keichô, la clique des chrétiens serait boutée hors du pays définitivement. Une inquisition à l’envers se mettait ainsi en place ! A Himeji, Francisco reconnaît la demeure qu’il visitait en rêve mais, cette fois, Wakasa est à ses côtés. Il passe de pièce en pièce et au moment d’entrer, Wakasa retient la porte. « Nothing but a pack of cards ! », dit-elle, en prenant les traits d’Ameesha. Leandro Zem reprend conscience de lui-même. Il passe la porte. Il réalise qu’il se trouve au cœur de l’intelligence artificielle du vaisseau. Camouflé et connecté à l’IO de l’USS Empathy, Leandro se forge un chemin vers les données enfouies au plus profond du système informatique, où un minotaure l’attend. 77.  Ils approchent de Cipango Planum. H-12 avant contact. A part Nazarov, l’équipage écoute le briefing d’Arty qui annonce la descente. Ils comprennent que le vaisseau file à toute vitesse vers Triton. Saito demande à Angela d’avertir la base. Soudain, ils entendent un bruit et comprennent qu’Arty s’est sabordé. Angela n’a pas ou envoyer le message. Dans 4h, tout le monde croira qu’ils se sont écrasés sur Triton. Puis une voix retentit : Leandro, encore dans le rêve, a trouvé la porte d’accès à l’IO du vaisseau. Il leur explique la situation : ils ont été programmés pour s’écraser sur Triton. Le signal reçu n’était jamais venu de Triton, mais de la sonde Voyager 2. C’est David Carter qui avait conçu cette supercherie après l’avoir fait chanter et avant de l’éliminer. Le but de Jason Knox était de relancer la conquête spatiale par une tragédie fondatrice. Saito rend à chacun sa liberté mais tous décident de rester avec lui. Leandro leur conseille alors de se rebrancher pour reprendre la trame de leur rêve japonais. Ameesha observe une dernière fois Leandro. 78. Francisco se réveille sur l’île de Yakushima. C’est chaque matin plus difficile de sortir du rêve pour revenir à la réalité, au « réel », à « l’irremplaçable ». Au Japon, Tokugawa Ieyasu multiplie la répression contre les chrétiens. A l’âge de 89 ans, Francisco n’a plus aucune animosité. Ce matin de juillet 1614, il est sur le rivage avec Haruki, le jeune fils d’un pêcheur. Soudain, le sol se met à trembler et la mer se retire. Francisco ordonne à l’enfant de courir vers la colline puis la vague énorme du tsunami engloutit Francisco. ÉPILOGUE. Leandro Zem est étendu sous respirateur artificiel, dans une chambre de l’unité de soins intensifs de l’Hôpital de São Paulo, sous la surveillance de deux infirmières et du Docteur Ameesha Waka qui constate son décès du Covid, le 2 septembre 2020, à 16h45.

2. Critique :

Après l’échec de la mission StarWay Nova d’Ylona Malone qui a fait exploser la planète Phobos, sous le tir de 95 ogives nucléaires, et fait chuter sa lune Déimos sur Mars, son rival, Jason Knox met au point une nouvelle aventure spatiale après la réception d’un message extraterrestre en provenance de Cipango Planum, satellite de la planète Triton, avec l’approbation d’Helena Möller, secrétaire générale de la Commission Spatiale Internationale à l’ONU et ancienne directrice de la NASA. L’équipage de l’USS Empathy, sous le contrôle de NeuroPulse, l’intelligence organique embarquée et d’Arty qui assure l’interface opérationnelle, est composé du commandant de bord, Saito Nobu, du Dr Li Shuzhou, Docteur en physique nucléaire de l’université de Hefei, ingénieur en propulsion et énergie, concepteur du réacteur à fusion nucléaire du vaisseau, du Dr Karine Motta, spécialiste des technologies d’hibernation, du Dr Leandro Zem ingénieur en informatique et doctorant chercheur, à l’université de São Paulo, du Dr. Ameesha Waka, neurobiologiste des interfaces cerveau-machine, de June O-fuji, xénolinguiste,  qui a décodé le message de Triton, d’Angela Tocchi, ingénieur en drone d’exploration et du Dr Xavi Nazarov, psychiatre.  Le temps de voyage estimé : 3 ans, 36 h 25 mn et 12s.  Pour supporter ce long voyage Karine Motta a conçu un programme de léthargie artificielle associé à la trame onirique conçue par Leandro Zem. Nazarov cependant se réveille trop tôt et à l’approche de Triton, Leandro reste bloqué dans son rêve. Et la fin de la mission ne se passe pas comme prévu…

En 1540, Donato Belmonte, jeune étudiant portugais de 15 ans, est à Salamanque quand il apprend l’arrestation et la condamnation de son père Manuel, soupçonné d’être un converso. Donato arrive à Lisbonne le 20 septembre, le jour de l’exécution de son père au bûcher. Grâce à Germão Galharde, Donato s’embarque sur le São Bento, sous le nom de Francisco Zeimoto et fait la connaissance d’António da Mota. Ensemble, ils participent malgré eux à la guerre d’Abyssinie entre Dom Cristóvão da Gama et l’émir Ahmed-el Ghazii. Puis, reprenant la mer avec un pirate chinois, nommé Wang Zhi, ils abordent par hasard, à la faveur d’une tempête, sur l’île de Tanegashima, à Cipango. A Nishinoomote, les deux hommes initient le seigneur Tokitaka au maniement de l’arquebuse. Francisco se passionne pour cette nouvelle culture nippone, initié par le moine Chô Shuso, alors que da Mota la méprise. Avec Wakasa, fille du forgeron Yaita Kinbei Kiyosada, chargé de fabriquer des arquebuses (d’abord marié à da Mota), Francisco à un fils Kaito. Tout au long de ces années, le gaijin nippophile assiste au progrès du christianisme au Japon, à l’ascension et à la chute de Oda Nobunaga, à la mort des membres de la famille de Tokitaka, à celle du xénophobe et cruel da Mota, à celle de son fils Kaito (tué par une arquebuse qu’il a lui-même contribué à répandre au Japon) et à la répression inquisitoriale contre les missionnaires.

Deux histoires sans aucun lien apparent ? « Et si on les emmenait au Japon ? – Lequel ? – Celui qu’ils n’ont jamais vu : l’île fantôme que les navigateurs traquaient au bout du monde – Cipango. Un long voyage vers la découverte d’une altérité absolue, aux antipodes de ce qu’ils avaient pu imaginer. Et un premier contact avec une civilisation où… – L’empathie prendrait tout son sens. (556) – D’autant que le Japon est l’un des rares pays à avoir échappé à la colonisation en s’appropriant les armes de l’envahisseur pour les retourner contre lui… »  Leandro proposait un gameplay fondé sur un moteur de rendu procédural générant des décors en temps réel. Chaque élément s’ajusterait aux sollicitations neuronales des rêveurs. « On intègre une trame historique avec un worldbuilding inspiré du Japon féodal, mêlant faits réels et scénarios émergents. Chaque dormeur incarnera un personnage distinct dans un système évolutif : leurs interactions psychiques auront une incidence sur la réponse de l’environnement à leurs initiatives. »  Quand Francisco meurt emporté par le tsunami de juillet 1614, Leandro Zem meurt du Covid, le 2 septembre 2020, à 16h45. Ces deux histoires alternées se répondent en écho. Cipango est une fresque, une toile, tissé de fil et de trame, deux histoires qui se superposent, s’influencent et se contaminent.

Depuis la Mémoire de Riz, l’auteur nous a habitués à des livres-monde encyclopédiques et satiriques, philosophiques et mystiques, magiques et épiques. Entre l’Allemagne et l’Italie du XVIe siècle et le Brésil du XXe siècle, Là où les tigres sont chez eux jouait déjà de la science et de l’ignorance, de la réalité et de la fiction dans un tourbillon spatio-temporel. La Montagne de Minuit nous avait entraînés à Lhassa vers d’autres mystères et L’île du Point Nemo aux confins des océans et de la fiction, déplaçant les limites du monde connu et de l’imagination rêvée. Ce qu’ici-bas nous sommes prolongeait cette aventure spatio-temporelle, anthropologique et poétique, onirique et biographique dans une combinaison symphonique sidérante. Cipango nous rappelle Là où les tigres sont chez eux dans son dialogue entre le XVIe- XVIIe siècle (Athanasius Kircher est cité dans le roman) et le XXe-XXIe siècle. Le Brésil jouait un rôle essentiel dans Les tigres. Le héros de Cipango, Leandro Zem (double de Francisco), est lui aussi brésilien.  Entre José-Marie de Heredia (Les Conquérants) et Voltaire (Candide), Jules Verne et Marco Polo (Le Livre des Merveilles), Joseph Conrad et Lesage, Murasaki Shikibu (Le Dit du Genji) et Yasunari Kawabata (Les Belles endormies), Arthur C. Clarke et Isaac Asimov, Gabriel Garcia Marquez et Fiodor Dostoïevski,  James Clavell (Shogun) et le jeu vidéo Ghost of Tsushima, Jean-Marie Blas de Roblès nous propose, avec Cipango, un double roman époustouflant, fantastique, vertigineux, ambitieux, fascinant et exigeant, qui nous entraîne à la fois sur les mers incertaines du XVIe siècle, sur les terres du Japon médiéval, dans le monde de la recherche contemporaine et dans un voyage spatial sidérant et sidéral. A chaque chapitre, à chaque phrase, à chaque mot, le lecteur est bluffé par la dynamique littéraire et par le brio d’une érudition digne d’un Pic de la Mirandole moderne et d’une vitalité rabelaisienne. Il y aussi du Montaigne dans ce goût du voyage et des autres : « Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui. » Nous sommes étourdis par un tel niveau de connaissance dans les domaines des sciences et de l’histoire, des religions et des enjeux géopolitiques et scientifiques, des langues et des cultures. Le livre de 730 pages, par certains aspects, est une Encyclopédie labyrinthique dont la lecture nécessite de la part du lecteur une intense concentration, au risque de se perdre. Il est parfois déconcertant et éreintant d’abstraction et de science. A chaque page, la question se pose, par ailleurs, de la part de la vérité et de l’imagination, de la documentation et de l’innutrition poétique. Tout l’enjeu de la littérature est là : la part du réel et du rêve, comme le comprend Francisco dans la scène finale. Le roman met d’ailleurs en abîme cette problème de la réflexion (au sens intellectuel et physique) : l’hibernation de trois ans se nourrit de la trame onirique japonaise, comme nos vies se nourrissent de romans : « Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route », disait Stendhal.

La Renaissance et le XXIe siècle semblent avoir en commun le goût du savoir, la soif de découverte, la curiosité pour l’autre et l’ailleurs. Mais les deux siècles ont aussi leur verso plus obscur : l’Inquisition catholique dresse les bûchers contre les hérétiques en Europe et l’autodafé se déchaîne au Japon contre les convertis au christianisme alors qu’une autre guerre oppose en Abyssinie, chrétiens et musulmans. Au XXIe siècle, les nouveaux gourous de la science et de la tech ont des intentions beaucoup moins humanistes que ne semblent le dire leur discours. L’intelligence rivalise toujours avec l’ignorance, l’intolérance avec la curiosité. Dans Sud-Ouest du 25 août 2026, Nathalie Lecornu Baert donne la parole à Jean-Marie Blas de Roblès : « Le XVIe siècle invente une première mondialisation, notre époque rêve d’une extension de cette mondialisation hors de la Terre. Dans les deux cas, on part vers l’autre en prétendant le découvrir, mais on emporte avec soi tout un système de représentations d’intérêts et de convoitises. Cipango pose, je crois la même question dans les deux cas : sommes-nous encore capables de rencontrer l’autre, ou cherchons-nous seulement à retrouver, ailleurs, un reflet de nous-même ? »* La question de l’altérité est, en effet, centrale dans Cipango à travers le duo antithétique Francisco-António : le premier cherche à comprendre la culture japonaise, à apprendre la langue, au point de se « tatamiser », de refuser l’expansion coloniale de ses compatriotes, le second symbolise l’arrogance ethnocentrique qui juge d’emblée les Japonais comme des « barbares » qu’il faut convertir, dominer et exploiter. Quand il voit la croix de David de Donato, il est prêt à le dénoncer ou à le tuer. Un autre semblant marquant est celui de Yusuf, alias Yasuke, esclave noir de Mozambique que les Japonais veulent absolument laver pour lui enlever sa couleur. Au XXIe siècle, les Chinois réservent un traitement aussi humiliant aux Ouighours.  « Chacun appelle barbares, ce qui n’est pas de son usage », écrit Montaigne.

Ylona Malone, PDG et fondatrice de Star Way fait exploser une planète et Jason Knox, PDG de GreenBird, manipule l’opinion publique et les politiques pour relancer son empire, au risque de sacrifier tout un équipage.

[Rien d’autre que ce qui a toujours été prévu. On s’est tous fait avoir : notre vaisseau est programmé pour s’écraser sur Triton. C’est comme si nous étions à bord d’un missile verrouillé une fois pour toutes sur sa cible.] Nazarov eut un rire lugubre : « Je le savais ! » dit-il. June secoua la tête, sa voix résonna dans l’habitacle. « Mais ça n’a pas de sens ! Pourquoi viser la source du signal ? On est venu pour essayer de comprendre, pas pour l’écrabouiller. » [Le signal ne vient pas de Triton, il est émis par la sonde Voyager 2 de façon à rebondir sur la surface de Cipango Planum. Il n’y a jamais eu de message extraterrestre, c’est David Carter qui a conçu cette supercherie.] Saito l’interrompit : « Explique-toi. Qu’est-ce qui l’a poussé à faire ça ? » [Le MommyBot de June reposait sur l’architecture de BabbageAI. C’est ce qui a permis à Knox et son équipe d’écouter leurs conversations. Ils l’ont menacé de s’en prendre à elle. Il a reçu des photos intimes, des preuves qu’ils étaient capables de lui faire du mal. David a été forcé de coopérer. Une fois sa mission accomplie, ils ont effacé les traces.] (719) June sentit quelque chose se relâcher dans sa poitrine. David n’était pas l’auteur des photos, il n’avait fait que la protéger de bout en bout. Karine ajusta le col de sa combinaison d’un geste involontaire, elle revoyait l’instant où Jason avait essayé de la dissuader. « Pourquoi il a fait ça ? Dis-moi, je veux savoir ! » [Par volonté de puissance, pour laisser sa marque dans l’Histoire. Le signal était destiné à relancer la conquête spatiale. Il lui fallait un mythe nouveau, une tragédie fondatrice, des noms de martyrs gravés en lettres d’or au fronton de la Knox Tower. Il nous a tous choisis sans trembler. Après notre disparition, toute la terre voudra savoir ce qui est arrivé aux « héros » de l’USS Empathy. Ce sera le point de départ d’un nouveau cycle, il y aura d’autres vaisseaux, plus rapides, plus coûteux, d’autres équipages prêts à risquer leur vie pour une fiction. Dans l’imaginaire collectif, Jason Knox ne sera plus un homme, mais un démiurge auréolé de gloire.]

Il ne faut pas beaucoup d’efforts pour reconnaître en eux des épigones d’Elon Musk ou de Jeff Bezos.  Le premier, à travers sa société SpaceX vise à envoyer des humains vivre sur Mars, pour assurer la survie à long terme de l’espèce humaine en cas d’extinction de la Terre.  Le second mène sa conquête spatiale à travers son entreprise Blue Origin. Du temps de sa splendeur, Ylona Malone est d’ailleurs reçue à Mar-a-Lago par un Donald Trump admiratif. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » nous avertissait déjà Rabelais au XVIe siècle.

Ce roman savant, technique, sophistiqué et complexe qui dresse un inventaire énorme de personnages, s’attarde néanmoins à développer le portrait de quelques protagonistes très attachants : le docteur Lu Shuzhou, partagé entre son envie de poursuivre ses recherches aux Etats-Unis et son amour pour Wu Jianyu, scientifique et militant ouïghour, torturé et emprisonné par le régime chinois, qui finira par se donner la mort, June O-fuji, la linguiste qui communique avec sa mère défunte via le logiciel MommyBot et voit son compagnon David Carter, programmateur des sondes de la NASA, assassiné, Ameesha Waka, la chercheuse de BrainBridge, qui conçoit un robot pour rendre son autonomie à son frère Raja, tétraplégique après un accident et amoureuse de Leandro Zem, Angela Tocchi, d’abord  mariée au lieutenant Sam Costello, en couple avec le Dr Xavi Nazarov puis avec Saito Nobu (son grand-père Hamanaka Shuichi, commandant du destroyer Yamakaze, son père Saito Kenji, l’un des « cinquante » de Fukushima, son frère Kazuo devenu yakuza, sa sœur Yui, morte prématurément). Côté Cipango, on s’attache évidemment à la personnalité de Francisco et de sa compagne Wakasa, morte tragiquement lors d’un accident de chasse, leur fils Kaito mort comme un samouraï, à la sagesse de Chô Shuso. On se passionne aussi pour le destin tragique de la famille du seigneur Tokitaka : son mariage avec dame O-fuji (qui lui donnera deux filles Utahime et Myôren), avec dame O-kiku (mère de Tokitsugi) et avec dame Mitsuki et l’empoisonnement au fugu.

Cipango, roman historique et scientifique, pose le problème aigu de la place de l’intelligence Artificielle, qui, ici, contrôle le nouveau galion parti à la conquête de planètes nouvelles mais aussi les rêves dont certains parfois ne peuvent pas sortir. Sans tomber dans le manichéisme simplificateur d’une condamnation radicale ou d’une admiration béate, Jean-Marie Blas de Roblès consacre une grande part de son récit à traiter des questions plus précises du genre : « Que se passe-t-il si nous confions nos rêves à une intelligence artificielle ? À quel moment peut-on se réveiller ? Qui est derrière nos rêves ? » Roman ambitieux et politique aussi, puisqu’apparaissent dans le roman de grands consortiums, géants de la tech qui, eux aussi, tentent de nous coloniser.

Les conquérants  

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal

Fatigués de porter leurs misères hautaines,

De Palos de Moguer, routiers et capitaines

Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.


Ils allaient conquérir le fabuleux métal

Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

Aux bords mystérieux du monde Occidental.


Chaque soir, espérant des lendemains épiques,

L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques

Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;


Ou, penchés à l’avant des blanches caravelles,

Ils regardaient monter en un ciel ignoré

Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.

Les Trophées, 1893.

Voltaire, Candide, chapitre VI, 1759.

Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel autodafé ; il était décidé par l’université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard : on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d'une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais incommodé du soleil ; huit jours après ils furent tous deux revêtus d’un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier : la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n’avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites.

Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d’une belle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en cadence, pendant qu’on chantait ; le Biscayen et les deux hommes qui n’avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.

*Complément de l’article de Ouest-France : 15 août 2026.

Vous racontez, en les entrecroisant, la « conquête » du Japon par les Portugais au XVIe siècle et l’élaboration d’un voyage spatial vers Triton, l’un des satellites de Neptune : dans les Là où les Tigres sont chez eux, vous aviez également entrelacé des trajectoires. Pourquoi avoir choisi ces époques pour ce parallèle dans Cipango ?

« C’est vrai que j’aime les récits entrelacés, non pas par goût de la complication, mais parce que cela permet de faire jouer deux époques l’une contre l’autre, comme deux plaques sensibles. Dans Là où les tigres sont chez eux, il y avait déjà cette idée que des trajectoires très éloignées peuvent soudain s’éclairer mutuellement. Pour Cipango, le choix du XVIe siècle s’est imposé après la lecture du Teppō-ki, le Livre des arquebuses, qui raconte l’arrivée des tous premiers Portugais au Japon. Ce qui m’a d’abord fasciné, c’est moins la conquête au sens militaire du terme – car les Portugais ne conquièrent pas le Japon comme on prend possession d’un territoire –que le « premier contact » entre deux mondes radicalement différents l’un de l’autre. À bien des égards, Européens et Japonais se perçoivent comme de véritables extraterrestres. Que les Japonais aient réussi à copier les armes occidentales – les arquebuses – pour réunifier leur royaume et repousser ceux qui rêvaient de les soumettre à leur propre ordre du monde n’est pas le moindre intérêt de ce choc de civilisations. Le parallèle avec la conquête spatiale m’est alors apparu assez naturellement. Là encore, il s’agit d’aller vers l’inconnu, de franchir une frontière, de chercher un signe, un enrichissement, un avenir possible. Mais derrière les grands mots – découverte, exploration, progrès – il y a aussi des enjeux de puissance, de prestige, de marchés, de domination technologique. Les grandes aventures humaines sont rarement innocentes. À la curiosité, au désir de savoir, elles mêlent toujours l’avidité, la religion, le commerce et la volonté de puissance. C’est précisément cette ambiguïté qui m’a intéressé. »

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14 octobre 2026 3 14 /10 /octobre /2026 15:55

Sur les plateaux télés, quelques Saint Dicalistes

Lycéens répètent en bonne langue de bois,

L’élément de langage grapillé dans l’émoi

D’un élan romantique néo-robespierriste.

 

Tous ces jeunes pubères, hérauts de la jeunesse,

Ont déjà des réflexes de roués militants,

Étouffant le débat dans le bruit du tourment,

Leurs crédos ânonnés leur tiennent lieu de messe.

 

Vieillis sous le harnais de l’enivrante transe

Ces mini-politiques ont tout déjà de vieux

Roublards des arènes, affectés et furieux,

Braillant leur rhétorique en amère cadence.

 

Ces chers adolescents, tout grisés de leur gloire,

Dopés aux certitudes de pseudo-convictions,

Croient à la nouveauté de leur révolution,

Leur quart d’heure warholien est un peu dérisoire.

 

Derrière ce jus véniel, d’autres marionnettistes,

Agitent les ficelles et soufflent les discours

Ces nouveaux jouvenceaux ont l’audience des cours

Le public aime accroire aux éclosions d’artistes.

 

Et il n’est rien de tel, pour fasciner l’audience,

Qu’un neuf récitant au génie mozartien

Pour négliger le fond aux bavardages anciens,

L’adulte aime baigner dans les flots de jouvence.

 

Et puis la société moderne tétanise

Aux risques de bavures et se fige de peur

A l’éventualité d’un excès de rigueur,

Oyant avec respect des torrents de bêtises.

 

A ce pamphlet, lecteurs, accordez bienveillance,

Le sénile poète ne veut pas calomnier

Le temps adolescent aux élans printaniers,

Ce métal à polir en quête de brillance.

 

La quête lycéenne est bien sûr estimable,

Cet âge est merveilleux en phase d’éclosion,

Raison de regretter ces manipulations

Qui font de ces ados des pères roquets jetables.

 

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7 octobre 2026 3 07 /10 /octobre /2026 20:37

Acte I. LE BAL DES PRÉTENDANTS

Acte II. LES ROSES DU CONCOURS L’ÉPINE

*

JOLI CIEL

PRÉSIDENTIEL

Acte III. DES MOTS QU’ON DÉGOUPILLE

 

Réduire les déficits et augmenter les aides,

Paradoxe français d’un État critiqué

Pour toutes ses dépenses, sitôt sollicité,

Débat schizophrénique1 entre maux et remèdes.

 

Zemmour2 propose de remplacer la main d’œuvre

Issue de l’immigration par de vrais robots,

Son grand remplacement, rappelle le Charlot

Des Temps modernes ; l’IAZ3 à la manœuvre.

 

Son Égo R.4 traite R. Glucksmann de « stagiaire »

Qui lui répond5 qu’elle a, pendant un temps très long,

Fait les yeux doux à Macron puis à Mélenchon.

Les primaires socialistes sont déjà meurtrières.

 

Notre cigale ayant dépensé sans compter

Se trouva dépourvue, les déficits venus :

« Imposons la fourmi et tous ses revenus

Pour éponger la dette ne cessant d’augmenter ».

 

« Avec deux mille euros, on vit correctement ! »

Dit Lescure6, à Bercy, avec condescendance,

On vit avec aisance avec nos pleins d’essence !

En mangeant des brioches7, selon cet Intendant.

 

« Quand on n’a aucune chance, il faut la saisir »,

Dit le candidat Becht8 … Il y a des gens qui glosent -

Jusqu’à ce qu’ils aient enfin trouvé quelque chose

A dire9. Et la campagne leur offre ce loisir.

 

Lapsus ou ignorance, le député Tanguy10

S’est lâché à Vierzon : « Oui, le travail rend libre »,

Le dédiaboliseur replonge dans l’opprobre,

Les mots sont des grenades aux effets infinis.

 

Campisme délétère, injonction à l’excès,

L’acide logorrhée en goutte à goutte instille

Sa fracture insidieuse dans les cerveaux serviles,

Reléguant la nuance en de restreints accès.

 

Renouvellement partiel du Sénat11, par deux voix

LFI et un RN en mesure de

Constituer un groupe, promesse de parade

Avec les habits neufs du p’tit Duce niçois.

 

Alors que Mélenchon12 crie à la « répression

A l’arrière-goût raciste » des actions lycéennes,

Le Pen s’insurge contre l’accusation de haine

Antisémite visant son jordanillon.

 

Attaques au vitriol, chausse-trappes, boules puantes,

Bévues et surenchères, le débat s’avilit,

S’embourbe dans la fange, écœurante chienlit,

Cette année de campagne s’annonce délirante.

 

L’antisémitisme prêté à B. Jordan,

Réel ou supposé13, arrange l’autre rive

Gauche accusée, récemment, de cette dérive

Qui se dédouane ainsi des propos de Hassan14.

 

Nouvelle flambée de violence, sous couvert

De revendications lycéennes ; la rue,

Théâtre permanent d’émeutes impromptues

Ou peut-être attisées15 dans un dessein pervers.

 

Les manifestations et les célébrations

Sportives, les blocages, désormais périclitent

Sur des chemins de poudre, bâtons de dynamite

Où tout se dégénère en violentes explosions.

 

L’ex-Premier Sinistre, tout en caricature,

CPE16 de Villepin17, joue aujourd’hui à « plus

Gauche que moi tu meurs », son nouveau pardessus

Est si bien retourné qu’on en voit la doublure.

 

La primaire socialiste, c’est Les dix petits nègres

D’Agatha Christie, des petits meurtres entre amis18.

Mélenchon et Hollande sont tous les deux sortis

Pleinement satisfaits de ces diatribes aigres.

 

Dans la manif du 619, le briquet Mélenchon

Pérore auprès des jeunes dont il veut, en substance,

Les voix électorales aux prochaines échéances.

Qui met le sac20 ado franchit le Rubicon.

 

Sur les plateaux télés, les anciens dirigeants21

Étalent leurs bilans, sous couvert d’amnésie,

De l’auto-amnistie qui tout anesthésie ;

Leurs discours obligés sont toujours affligeants.

 

« Le monde est un théâtre22 » où beaucoup jouent un rôle

Avec plus ou moins de talent en récitant

Des répliques écrites, très mécaniquement.

La comédie publique n’est pas forcément drôle.

 

L’immaturité, l’irresponsabilité,

La fatuité, la vacuité politiques

Font de cet exercice, non pas une heuristique

Du mieux mais un syndrome d’inefficacité.

 

1. Emmanuel Macron, 18 septembre, en conférence de presse : « J’entends beaucoup de gens nous dire “Faites ceci”, “Faites cela”, “Dépensez plus”… Ce sont les mêmes qui nous disaient il y a quelques jours vous avez trop fait de manière irresponsable entre 2022 et 2024 pour nous mettre dans cette situation de dépense publique. Il faut être cohérent, nous avons beaucoup aidé les Français, plus qu’ailleurs en Europe », rappelant que le gouvernement avait « une responsabilité de finance publique ».

2. Le président de Reconquête a estimé sur BFMTV, jeudi 17 septembre, que « plus on automatise l’ingrat, plus on remet de l’humain » et préconise donc de remplacer la main-d’œuvre issue de l’immigration par des robots. Aux États-Unis, Elon Musk travaille sur un projet de robot humanoïde Tesla Optimus (ou Tesla Bot) susceptible d’accomplir des tâches répétitives, pénibles ou dangereuses à la place des humains.

3. IAZ : Intelligence artificielle zemmourienne.

4. Dans une interview donnée à Libération, dimanche 20 septembre 2026, Ségolène Royal épingle la supposée inexpérience et « méconnaissance du peuple » de son adversaire à la primaire social-démocrate Raphaël Glucksmann, estimant que l’élire président reviendrait à mettre « un stagiaire à la tête d’une entreprise », avant d’ajouter : « Pour diriger un pays, il faut déjà avoir un métier. Ou avoir dirigé ne serait-ce qu’une collectivité locale ou une structure étatique et obtenu des résultats concrets positifs. »

5. L’eurodéputé, fondateur de Place publique, a répondu à Ségolène Royal : « Elle a raison de souligner que je ne suis pas en politique depuis 45 ans, que je n’ai pas quémandé des postes depuis 45 ans, auprès d’Emmanuel Macron, pour être ministre ou finir ambassadrice. Que je n’ai pas, ensuite, quand j’ai perdu ces postes, choisi Jean-Luc Mélenchon par dépit. Ma conception de la politique, ce n’est pas celle-là. […] Je n’ai aucune envie d’être stagiaire auprès de ces gens qui font de la politique de cette manière. »

6. « A 2.000 euros, on vit correctement », affirme le Ministre des Finances Roland Lescure, le 21 septembre 2026.

7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%27ils_mangent_de_la_brioche_ !

8. L’ancien ministre du Commerce extérieur d’Élisabeth Borne, Olivier Becht, a annoncé auprès de Paris-Match, le 24 septembre 2026, se présenter à son tour à la présidentielle de 2027, avec cette formule paradoxale : « Quand on n’a aucune chance, il faut la saisir !»

9. « Il y a des gens qui parlent, qui parlent - jusqu’à ce qu’ils aient enfin trouvé quelque chose à dire. » Sacha Guitry, Mon Père avait raison.

10. Lors d’un meeting à Vierzon (Cher), ville RN, samedi 19 septembre, le député RN Jean-Philippe Tanguy a déclaré : « Oui, le travail rend libre ». Cette formule rappelant le sinistrement célèbre « Arbeit macht frei » à l’entrée du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, a immédiatement déclenché un tonnerre de réactions indignées. Mercredi 23 septembre, sur BFMTV, le n°2 du RN a tenté de s’excuser : « Le seul regret que j’ai, c’est que cette phrase, étant isolée et mal utilisée, a pu faire de la peine a des familles qui ont connu la tragédie et la barbarie du nazisme », tout en dénonçant une instrumentalisation lui mettant « une cible sur la tête ». Une telle formule, néanmoins, venant de la part d’un dirigeant d’un parti d’extrême-droite cherchant à se dédiaboliser, est d’un effet ravageur. « Soit, il ne sait pas d’où vient cette phrase et c’est inquiétant. Soit, il le sait et ça l’est encore plus ! » a commenté sur X le député Antoine Léaument (La France insoumise).

11. Le Rassemblement national va bien pouvoir constituer avec son allié de l’UDR un groupe d’au moins 15 sénateurs. Une première sous la Ve République, qualifiée par la candidate à la présidentielle Marine Le Pen de « victoire historique » et d’« étape majeure ». La droite, le centre et le Parti socialiste restent les trois forces principales du Sénat, malgré une érosion du groupe LR liée en particulier à la percée de l’extrême droite dans la couronne méditerranéenne. Ce sont les Écologistes, les macronistes et les radicaux de gauche qui perdent proportionnellement le plus de plumes dans ce renouvellement de 178 sièges sur 348. Avec l’élection surprise du député insoumis Gabriel Amard dans le Rhône, La France insoumise fait son entrée à la chambre haute. Le parti mélenchoniste a également revendiqué la victoire en Haute-Garonne du divers gauche Marc Péré, à la tête d’une liste LFI-EELV-Générations.

12. Jean-Luc Mélenchon accuse lundi 28 septembre le gouvernement de Sébastien Lecornu d’avoir « ordonné la répression » des mouvements de lycéens « avec un arrière-goût raciste évident », en appelant élus et militants LFI à s’« interposer partout où » ils le peuvent. Le même jour, Marine Le Pen, réagit violemment aux révélations de Mediapart, prêtant à Jordan Bardella des propos antisémites dans une conversation datant de 2013 : « Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur. […] Et c’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale », qualifiant ces accusations de « dinguerie », de « barbouzerie ». Le jour-même, un sondage donne Le Pen et Mélenchon au second tour des Présidentielles.

13. Depuis le 28 septembre, médias et politiques reprennent avec délectation les accusations de Mediapart qui boostent leurs audiences ou leur dynamique politique, sans guère de précautions et de preuves tangibles. S’il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches (et qu’on n’a pas forcément envie de défendre le mis en cause), la présomption d’innocence semble une nouvelle fois piétinée par l’urgence médiatique. Laissons à la justice et au temps le soin de faire la part intègre de la vérité.

14. Rima Hassan, militante de LFI, symbolise cet antisémitisme d’extrême-gauche particulièrement virulent depuis le 7 octobre 2023.

15. BFMTV, 1er octobre 2026 : Lycées bloqués : le ministre chargé de l’Enseignement supérieur accuse LFI « d’attiser la violence » et « d’essayer de récupérer le mouvement ». Le Figaro : « LFI et ses proxys de l’ultra gauche » sont « à l’origine du mouvement », estime Matignon. Le même jour, devant une assemblée de lycéens à Vitry-sur-Seine, Mathilde Panot affirme d’ailleurs : « Une jeunesse mobilisée est plus dangereuse qu'une bombe atomique. »

16. Contre le CPE, contrat première embauche, proposé par le Premier Ministre, Dominique de Villepin, les lycéens rejoignent une contestation étudiante et syndicale. Pour le 28 mars 2006, Gilles de Robien fait état de 318 lycées bloqués et de 1.054 lycées perturbés⁠. Le même jour, les cortèges rassemblent 1,055 million de personnes selon l’Intérieur, 3 millions selon les syndicats, toutes catégories confondues. Le CPE est finalement abandonné. Dans un bilan transmis au Sénat, le ministère de l’Intérieur comptabilisera 4.350 interpellations sur l’ensemble du mouvement⁠, émaillé d’affrontements.

17. « Il faut mesurer la rupture entre la jeunesse et un État qui ne répond plus à ses attentes. Faute de débouché politique, la violence gagne du terrain. La défiance s’étend aux relations des uns et des autres avec le gouvernement. […] Écouter, recevoir, c’est comprendre que le recours à la seule répression révèle la faiblesse de l’État. C’est quand l’État est faible qu’il frappe fort. Et faible, il l’est. C’est un État qui a abandonné les Français, qui a cessé de tenir ses promesses. » Dominique de Villepin sur X, 1er octobre.

18. Des propos du candidat à la primaire de la gauche Raphaël Glucksmann, tirés d’une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, et dans laquelle il dit « pisser » sur Jean-Luc Mélenchon et accuse Ségolène Royal d’avoir « fait la danse du ventre » devant Emmanuel Macron, ont fait vivement réagir samedi 3 octobre les deux intéressés.

19. 6 octobre 2026 pour les revendications lycéennes.

20. « Mettre le sac » : piller, détruire (le sac de Rome en 1527). Jeu de mots avec « sac à dos » et « sac des ados ».

21.  Les hommes politiques qui ont été aux affaires n’ont pas de doute, de regrets ou de remords, ils n’ont que des certitudes, des projets et de la suffisance. L’autocritique en politique est une forme de renoncement. Pour durer, il faut être péremptoire. D’autant que les électeurs et les journalistes ont peu de mémoire et l’attention fugace.

22. « All the world’s stage » est le début d’un monologue de la pièce Comme il vous plaira (As you Like it) de Shakespeare (1599) récité par Jacques (acte II, scène 7).

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4 octobre 2026 7 04 /10 /octobre /2026 08:13

Jadis, on dérivait sur la nef du temps,

Au bon gré des courants, jusqu’au Mogholistan,

C’était Indraprastha, la mythique Troade,

Depuis Cibouqueira aux plages de Barbade.

 

On rêvait sur des noms avant de s’embarquer

Pour Paramaribo, Karikal ou Mahé,

Tenochtitlan, Ispahan, Carthagène,

On cherchait sur la carte la cité de Mycènes.

 

Là on buvait du thé aux jardins de Cathay,

Et tout semblait bénin au sein du Dahomey,

On était en osmose sur l’île de Formose,

Arthur était morose sur les hauts de Melrose.

 

On jouait fort au go au cœur de Cipango,

Vêtus en kimono dans un temple d’Edo,

On ne pouvait haïr aux confins du Zaïre,

Les gabians se posaient aux rochers de Maïre.

 

On restait bouche bée dans la baie de Bombay,

On courait la pampa, gauchos du Paraguay,

Il n’était pire manie que d’être en Birmanie,

Et on chassait les loups dans la Poméranie.

 

Tout était assez lent dans l’été de Ceylan,

On avait tout le temps au pays du Bhoutan,

On aimait en automne visiter Babylone,

Aborder à Freetown pour la Sierra Leone.

 

Nul ne se révolta dans la Haute-Volta,

Et nul ne calcula au fond de Calcutta,

Tout était débridé aux Nouvelles-Hébrides,

Et tout était ridé aux Rocheuses arides.

 

On avait perdu l’âme au royaume de Siam,

Et on débarquait à la Nouvelle-Amsterdam,

Ici tout s’érodait en terre de Rhodésie,

Comme au Taklamakan, ce grand désert d’Asie.

 

Avec l’esprit taquin dans l’antique Tonkin,

Portés en palanquin de Pékin à Nankin,

On passait Saïgon, ville de Cochinchine,

Pour admirer Thăng Long, au nord de l’Indochine.

 

En Afrique on allait jadis au Swaziland,

Au Bechuanaland ou au Nyassaland,

On remontait le Nil dans l’antique Nubie,

Pour voir la Namibie et l’australe Zambie.

 

On passait à Bangui en Oubangui-Chari,

Et quel charivari dans le Medri Bahri,

En suivant le Bosphore jusqu’à Constantinople,

On prenait le chemin de l’ancienne Andrinople.

 

On rêvait de Bangkok et de Chandernagor,

De Dacca et Gangtok et des temples d’Angkor,

Cherchant l’Eldorado, les rives d’Atlantide,

Le sacré Shambhala et les terres florides.

 

Lors on pérégrinait dans ce monde ancien,

Pays abyssinien, assyrien ou prussien,

Saint-Pétersbourg, Dantzig, Persépolis en Perse,

Koryo ou Batavia, tant de cités diverses.

Mogholistan : ancien khanat turco-mongol d’Asie centrale, Indraprastha : ancienne ville mentionnée dans le Mahâbhârata, proche de Delhi, Troade : ancienne région historique de l’ancienne Turquie dont la capitale était Troie, Cibouqueira : ancien nom de Grande Terre à la Guadeloupe, Paramaribo : capitale du Suriname, Karikal et Mahé : anciens comptoirs français en Inde, Mexico-Tenochtitlan : ancienne capitale de l’Empire aztèque, Ispahan : ville d’Iran, Mycènes : cité antique pré hellénistique, Cathay : ancien nom de la Chine, Dahomey : ancien nom du Bénin, Formose : ancien nom de Taiwan, Melrose, ville d’Ecosse (une légende veut que le roi Arthur soit enterré sur les hauteurs de Eilton Hills qui surplombent la ville),  Cipango : ancien nom du Japon, Edo : ancien nom de Tokyo, Zaïre : ancien nom du Congo Kinshasa, île de Maïre : île au large de Marseille, Bombay : ancien nom de Mumbai, Birmanie : ancien nom de Myanmar, Poméranie : région entre l’Allemagne et la Pologne, Ceylan : ancien nom de Sri Lanka, Babylone : grande métropole de Mésopotamie, Freetown, capitale de la Sierra Leone, Haute-Volta : ancien nom du Burkina Faso, Calcutta : ancien nom de Kolkata, Nouvelles Hébrides : ancien nom du Vanuatu, Siam : ancien nom de la Thaïlande, Nouvelle-Amsterdam : ancien nom de New York, Rhodésie du Sud : ancien nom du Zimbabwe, Tonkin : ancien nom de la partie septentrionale du Vietnam, Saïgon : ancien nom de Hô  Chi Minh-Ville, Cochinchine :  ancien nom du sud du Vietnam, Thang Long : ancien nom de Hanoï, Swaziland : ancien nom d’Eswatini, Bechuanaland : ancien nom du Botswana, Nyassaland : ancien nom du Malawi, Nubie : ancien nom du Soudan, Oubangui-Chari : ancien nom de la Centrafrique, Medri Bahri ancien nom de l’Érythrée, Constantinople : ancien nom d’Istanbul, Andrinople : ancien nom d’Edirne, Chandernagor : ancien comptoir français d’Inde, Dacca : capitale du Bangladesh, Gangtok : capitale du Sikkim, temples d’Angkor au Cambodge, Eldorado : pays légendaire d’Amérique latine, Atlantide : île mythique évoquée par Platon, Shambhala : royaume mythique et spirituel dans les traditions bouddhistes et hindoues, floride en tant qu’adjectif veut dire « rouge ». Les Terres Rouges désignent différents endroits, Saint-Pétersbourg : ancien et nouveau nom de Léningrad, Dantzig : ancien nom de Gdansk, Persépolis, ville de Perse, ancien nom de l’Iran, Koryo : ancien nom de Séoul, Batavia : ancien nom de Jakarta.

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 18:38

Il faut aimer les profs, hussards de l’avenir,

Semeurs de nos espoirs pour de belles récoltes

D’humanité heureuse et de douces révoltes

Contre les sourds destins qui cherchent à agonir.

 

Tous ces missionnaires irriguent les esprits,

Cultivent les consciences, ouvrent à la culture,

Donnent la clé du monde et des idées futures,

Et leur vrai dévouement est un don hors de prix.

 

Il faut aimer les profs au lieu de les juger

Responsables des maux des sociétés en crise,

Sans ces digues solides aux aqueuses emprises,

L’immonde inondation aurait tout submergé.

 

Ces éclaireurs sagaces orientent dans la nuit,

Promettant l’horizon aux savantes fragrances,

Protégeant de l’hiver aux glaçantes ignorances,

En offrant le remède aux lancinants ennuis.

 

Il faut aider les profs à faire leur métier

Dans une paix sereine, en leur faisant confiance,

En gommant les obstacles à leur intelligence,

L’art veut une liberté dans un sain atelier.

 

Ces êtres de savoir doivent avoir le soutien

Des pays ambitieux pour leurs progénitures,

En ouvrant le chemin de la belle aventure

Où ces guides méritent le respect citoyen.

 

Il faut aider les profs à perpétuer l’honneur

De cette éducation si émancipatrice,

Dispensée par l’école, aux vertus salvatrices,

En les valorisant sans mégoter l’ardeur.

 

Ces pâtres des étoiles méritent les regards

De la terre inspirée par les destins célestes

Et tous ces cosmonôtres de leurs magiques gestes

Promettent l’univers aux chaleureux égards.

 

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25 septembre 2026 5 25 /09 /septembre /2026 09:26

J’ai regardé Oradour ce soir sur TF1, une espèce de mélo ridicule et absurde où le massacre d’Oradour passe au second plan, relégué en épilogue.

En 1944, Philippe Gerbier est parachuté près d’Oradour, où il retrouve Janine, résistante. Quelques jours plus tard, Marie, cousine de Janine, arrive avec sa fille Sophie. Elle a fui Vichy où son mari violent, Etienne Arguel, est secrétaire d’Etat à l’Instruction publique du gouvernement de Pétain. Les retrouvailles entre Philippe et Marie sont fraîches : en 1934, les deux amants devaient fuir mais Philippe a été passé à tabac par deux hommes cagoulés, sur le pont de la Glane, avant de trouver une lettre de rupture soi-disant de Marie. Laissé pour mort, Philippe a été soigné par Janine, infirmière à Limoges. En 1944, le malentendu est levé :  Marie n’a jamais écrit cette lettre de rupture.  Alors qui ? Arrivée à Paris, enceinte, Marie avait épousé Arguel en désespoir de cause. Marie croit que c’est son frère Georges qui a imaginé le subterfuge pour la marier à un riche propriétaire. Arguel, grâce à Marcel Faure, chef de la Milice à Limoges, retrouve la trace de Marie et fait enlever Sophie, dont on comprend qu’elle est, en fait, la fille de Philippe. Janine va voir Marcel (qui est amoureux d’elle) en lui demandant de… ne pas libérer Sophie.  Car c’est Janine qui, par jalousie, a tout manigancé depuis le début. Et elle compte bien à nouveau briser le couple. Mais la Résistance parvient à arrêter Arguel et à rendre Sophie à sa mère. Le 10 juin 1944, Philippe et Marie fêtent les 9 ans de Sophie, alors que Philippe enferme Jeanine dans la cave, quand les SS décident de raser la ville après l’assassinat d’un officier SS à l’hôpital de Limoges (tué par Jeanine). Le massacre d’Oradour est « bâclé », bouclé dans la dernière partie du film, entre deux ou trois spots de pub de TF1. Un gentil SS ferme les yeux et Sophie réussit à s’enfuir…

Passons sur les décors et les costumes qui ne font guère… « guerre » et « limousin » (une maison blanche plus normande que limousine, des casquettes à la Gavroche), passons sur les agapes des Résistants qui ripaillent dans les « grottes » du Mont Gargan en buvant dans des verres à pied, passons sur la fête à Oradour (point de rationnement et de tristesse, on danse en écoutant du jazz) et sur Georges qui tue un milicien au siège de la Milice… (ce n’est pas lui le traître) pour sauver Philippe qui se présente en ce lieu dangereux revolver à la main, passons sur les personnages caricaturaux de ce film (la princesse et la sorcière)… le cahier des charges de ce genre de film a ses exigences et ses recettes qui, paraît-il font les succès d’audience. Mais ce qui gêne le plus dans cette fiction télévisuelle, c’est le malaise qui se dégage de cette dichotomie entre une bluette diluée et irréaliste (le chef de la milice ne sait pas que Jeanine fait de la résistance et Marie se marie avec un collabo, Philippe recherché se promène tranquillement) et le drame qui est traité en rafales et sans aucune logique… et à la légère. Le vrai massacre d’Oradour perpétué par la division Das Reich après les pendaisons de Tulle, n’a aucun rapport avec la Résistance. C’est un acte de pure barbarie d’une division nazie, ivre de violence, qui enrage du débarquement de Normandie. Il n’y avait pas de résistants à Oradour, souligne le reportage.

Massacre d’Oradour-sur-Glane, 10 juin 1944, 643 victimes civils.

Le documentaire, après le film, revient donc opportunément sur les faits, avec encore ces insupportables coupures publicitaires.  Il faut attendre 23h20 pour qu’on parle d’Oradour-sur-Glane après avoir supporté cette romance qui aurait pu être mièvre dans un autre contexte et qui devient ici mercantilement indécente. Comme si le documentaire avait besoin de faire oublier cette fiction inopportune profanant ce lieu de mémoire d’une initiative médiatique plus que maladroite. Le mélange entre l’imagination fictionnelle et la vérité historique est bien sûr tout à fait acceptable à condition que la première ne flétrisse pas la seconde. L’eau de rose se dilue mal dans le sang des martyrs.

Le documentaire.

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